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    Question d'oral

    Que critiquent Cabanas et Illouz dans Happycratie ?

    Réponse d'oral

    Dans Happycratie (2018), Edgar Cabanas et Eva Illouz critiquent la transformation du bonheur en obligation sociale, portée par la psychologie positive et l’industrie du développement personnel. Leur cible n’est pas le bonheur lui-même, mais l’idée que chacun pourrait et devrait le fabriquer par un travail sur soi. Selon eux, cette promesse transforme une aspiration légitime en devoir : il faudrait être positif, épanoui et capable de rebondir en permanence. La tristesse ou la colère risquent alors de passer pour des échecs personnels, plutôt que pour des réactions compréhensibles à des difficultés réelles.
    Leur critique centrale concerne la responsabilité individuelle. Si le bonheur dépend surtout de notre attitude, le chômage, la précarité ou les mauvaises conditions de travail deviennent des problèmes d’état d’esprit. Imaginons une entreprise qui propose des séances de méditation à des salariés épuisés sans réduire leur charge de travail : elle les aide peut-être à supporter leur stress, mais elle ne change pas ce qui le provoque. Cabanas et Illouz dénoncent ainsi une manière de rendre les individus responsables de souffrances qui ont aussi des causes sociales.
    Ils soulignent enfin que cette quête alimente un marché du bonheur : livres, coaching, applications et formations promettent une amélioration continue de soi. Chacun est invité à surveiller ses émotions et à devenir toujours plus performant. Leur propos conduit donc à distinguer l’aide psychologique utile d’un discours qui exige l’adaptation permanente. Et si une vie meilleure demandait autant de transformer nos conditions d’existence que notre manière de penser ?