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    Question d'oral

    Le cinéma peut-il encore être un “rite collectif” à l’ère du streaming ?

    Réponse d'oral

    Le cinéma peut encore être un rite collectif à l’ère du streaming, mais la salle n’est plus le seul lieu où se construit cette expérience commune. Un rite collectif suppose un rendez-vous, des habitudes partagées et le sentiment de vivre quelque chose ensemble. Dès le 28 décembre 1895, lors de la projection publique et payante des frères Lumière à Paris, le cinéma rassemble des spectateurs devant un même écran. Plus tard, les grandes sorties deviennent des événements populaires. Dans une salle obscure, les rires, les silences et les sursauts des autres donnent au film une intensité particulière.
    Le streaming transforme cette pratique. Chacun peut choisir son horaire, interrompre une scène ou regarder seul sur son téléphone. Le film risque alors de devenir un contenu parmi d’autres, disponible sans attente ni cérémonie. Pourtant, regarder chez soi ne signifie pas forcément regarder isolément. Une soirée familiale, une projection entre amis ou des discussions après un visionnage peuvent recréer du commun. La différence est importante : partager une œuvre ne veut plus toujours dire la découvrir au même endroit et au même moment.
    La salle de cinéma conserve donc une force propre, surtout lorsqu’elle propose un véritable événement. En juillet 2023, les sorties simultanées de Barbie et d’Oppenheimer, surnommées « Barbenheimer », ont suscité déguisements, séances en groupe et débats. Les réseaux sociaux ont ici nourri la sortie collective plutôt que remplacé celle-ci. Le rite ne disparaît pas : il se réinvente autour d’un désir partagé. Reste à savoir comment préserver ces rendez-vous dans une société où chacun compose toujours davantage son propre programme.