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    Question d'oral

    En quoi l’enregistrement (phonographe, 1877) change-t-il la notion même d’œuvre et d’interprétation ?

    Réponse d'oral

    L’enregistrement, rendu possible par le phonographe d’Edison en 1877, change la notion d’œuvre musicale et d’interprétation : la musique devient un objet sonore que l’on peut conserver, reproduire et réécouter. Avant lui, elle existe surtout dans l’instant du concert ou dans une partition, qui ne dit jamais exactement comment elle doit sonner. Chaque exécution disparaît après avoir été entendue. Avec l’enregistrement, une interprétation particulière laisse une trace durable : le tempo, les nuances et même les imperfections d’un musicien peuvent être réécoutés. L’auditeur peut alors comparer plusieurs versions d’une même œuvre, sans avoir assisté aux concerts.
    Cette transformation donne une nouvelle place à l’interprète. Sa manière de jouer devient une référence, parfois aussi célèbre que la composition elle-même. Les deux enregistrements des Variations Goldberg de Bach par Glenn Gould, en 1955 et en 1981, montrent ainsi qu’une même partition peut donner naissance à deux lectures très différentes. Mais l’enregistrement n’est pas seulement une photographie du concert. Avec le développement du studio, il devient un outil de création : on sélectionne des prises, on assemble des passages, on superpose des sons. En 1967, l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles illustre cette fabrication d’une musique pensée pour le disque.
    L’œuvre peut donc désormais être identifiée à un enregistrement de référence, et non plus seulement à une partition. L’écoute change aussi : elle devient répétable, domestique puis mobile, détachée de la présence des musiciens. Dès lors, une question demeure : être fidèle à une œuvre, est-ce reproduire son enregistrement célèbre ou lui donner une nouvelle vie ?