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    Question d'oral

    Un prix peut-il être légitime s’il est aussi un moteur de ventes ?

    Réponse d'oral

    Un prix littéraire peut être légitime tout en étant un moteur de ventes, à condition que le succès commercial reste une conséquence du jugement littéraire, et non son objectif caché. Récompenser un roman, c’est forcément lui donner de la visibilité. Cela ne diminue pas sa valeur : un excellent livre peut aussi rencontrer un large public. Le prix aide même les lecteurs à choisir parmi des milliers de nouveautés. Il joue alors un rôle de passeur entre une œuvre et ceux qui ne l’auraient peut-être jamais découverte.
    Le prix Goncourt, attribué depuis 1903, illustre bien cette double fonction. Sa récompense financière n’est que de dix euros, mais son bandeau peut entraîner des centaines de milliers de ventes. En 2020, sa remise à Hervé Le Tellier pour L’Anomalie a accompagné un immense succès en librairie. Ce succès ne prouve cependant ni que le jury s’est trompé, ni qu’il a nécessairement choisi le meilleur roman. Le problème commence lorsque les intérêts des maisons d’édition, les relations personnelles ou la recherche d’un succès facile pèsent davantage que la lecture des œuvres.
    La légitimité repose donc surtout sur l’indépendance du jury, la confrontation des avis et la capacité à défendre un choix. Un prix n’est pas un verdict éternel : des livres oubliés lors de leur parution deviennent parfois des classiques. Il faut donc le considérer comme une invitation à lire, pas comme un ordre d’admirer. Reste à savoir comment donner aussi leur chance aux œuvres qui avancent sans projecteurs.