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    Question d'oral

    Peut-on imaginer des prix littéraires adaptés à l’époque (lecteurs, transparence, critères) sans perdre la rigueur ?

    Réponse d'oral

    Oui, on peut imaginer des prix littéraires adaptés à l’époque, ouverts aux lecteurs, plus transparents et fondés sur des critères clairs, sans perdre la rigueur. À condition de ne pas confondre qualité littéraire et popularité. Un vote en ligne ouvert à tous risquerait surtout de récompenser l’auteur disposant du plus grand nombre d’abonnés. En revanche, un jury associant écrivains, critiques, libraires et lecteurs pourrait croiser les regards. La rigueur ne dépend pas seulement du prestige des jurés : elle tient aussi au temps consacré à lire, à comparer et à discuter les œuvres.
    Le Goncourt des lycéens, créé en 1988, offre un exemple concret. Des élèves lisent une sélection de romans, débattent et défendent leur choix. En 2022, ils ont récompensé Beyrouth-sur-Seine de Sabyl Ghoussoub. Ce dispositif montre que des lecteurs non professionnels peuvent construire un jugement argumenté. Pour aller plus loin, les prix pourraient publier leurs règles, expliquer la composition des jurys et déclarer les liens éventuels entre jurés, auteurs et éditeurs. Cette transparence rendrait les décisions plus compréhensibles, sans imposer de rendre publiques toutes les discussions.
    Enfin, des critères explicites aideraient à distinguer une préférence personnelle d’un jugement littéraire : précision de l’écriture, construction du récit, originalité, force des personnages. Mais ils ne devraient pas devenir un barème automatique. Un roman peut bouleverser les règles et mériter précisément pour cela une récompense. Moderniser les prix, ce serait donc mieux justifier les choix, non supprimer leur part de surprise. Reste à savoir comment reconnaître aujourd’hui les œuvres qui compteront encore demain.