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    Question d'oral

    Peut-on parler d’eurocentrisme dans le récit classique de la Renaissance ? Quels apports extérieurs sont minimisés ?

    Réponse d'oral

    Oui, on peut parler d’eurocentrisme dans le récit classique de la Renaissance lorsqu’il présente le renouveau européen comme une création autonome et minimise les apports extérieurs. Ce récit décrit souvent une Europe qui retrouverait directement la Grèce et Rome après un Moyen Âge obscur. Or, cette image est trompeuse : les savoirs antiques ont continué à circuler, à être étudiés et transformés. La Renaissance est bien un mouvement européen, mais elle ne naît pas dans un monde fermé.
    L’apport du monde arabo-musulman est particulièrement sous-estimé. Ses savants n’ont pas seulement conservé des œuvres grecques : ils les ont commentées, critiquées et enrichies. Au XIIe siècle, à Tolède, Gérard de Crémone traduit de l’arabe au latin des ouvrages majeurs de médecine et d’astronomie. Le Canon d’Avicenne reste ensuite enseigné dans les universités européennes pendant la Renaissance. Les travaux d’Ibn al-Haytham sur l’optique alimentent aussi les recherches européennes sur la vision. Les savants byzantins jouent, eux, un rôle essentiel dans l’enseignement du grec et la circulation des manuscrits, avant comme après la prise de Constantinople en 1453.
    D’autres circulations de savoirs sont moins visibles : celles des lettrés juifs, traducteurs entre plusieurs langues, ou celles des techniques venues d’Asie. Le papier, inventé en Chine, atteint l’Europe par l’intermédiaire du monde islamique et devient indispensable à l’essor de l’imprimerie. Reconnaître ces échanges ne retire rien aux innovations européennes : cela permet de mieux comprendre leurs conditions. Et si une grande période culturelle se définissait autant par ses emprunts que par ses inventions ?