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    Question d'oral

    Peut-on rire de tout ? Le cas de Charlie Hebdo.

    Réponse d'oral

    On peut rire de tout, y compris dans Charlie Hebdo, mais cela ne signifie ni que tout fait rire, ni que toute plaisanterie échappe à la critique ou à la loi. La satire attaque les puissants, les croyances et les habitudes pour bousculer nos certitudes. Elle peut choquer : c’est parfois son but. En France, la liberté d’expression protège la caricature, y compris religieuse. Le blasphème n’est pas un délit. En revanche, la diffamation, l’injure et la provocation à la haine peuvent être sanctionnées. Il faut donc distinguer la critique d’une religion de l’attaque contre des personnes en raison de leur religion.
    Charlie Hebdo s’inscrit dans l’émancipation de la BD adulte et du dessin de presse. À partir des années 1960, des journaux comme Hara-Kiri rompent avec une culture où le dessin devait surtout divertir les enfants. Cabu, Wolinski ou Reiser font du rire une arme politique et sociale. En novembre 1970, après la mort de Charles de Gaulle, Hara-Kiri titre : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». Cette formule détourne les gros titres consacrés à un récent incendie meurtrier dans un dancing. Elle vise aussi la hiérarchie médiatique des deuils.
    L’attentat du 7 janvier 2015, qui tue douze personnes, rappelle une limite absolue : aucun dessin ne justifie un meurtre. Défendre le droit de Charlie Hebdo à publier n’oblige pourtant pas à aimer ses caricatures. On peut répondre par la critique, le débat ou la justice, jamais par la violence. La question devient alors : comment préserver un rire libre tout en discutant de ses effets sur les autres ?