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Question d'oral
Que reproche Gigerenzer à Kahneman ?
Réponse d'oral
Gigerenzer reproche à Kahneman de présenter les biais cognitifs trop souvent comme des défauts de la pensée, en évaluant la rationalité à partir de règles logiques ou probabilistes parfois éloignées des situations réelles. Il ne nie pas que nous nous trompons. Mais il conteste l’idée qu’un raccourci mental soit nécessairement une mauvaise manière de raisonner. Pour lui, les heuristiques sont aussi des outils efficaces : elles permettent de décider vite, avec peu d’informations, dans un monde incertain. La bonne question n’est donc pas seulement : « Ce raisonnement respecte-t-il une règle mathématique ? », mais aussi : « Fonctionne-t-il dans cet environnement ? » C’est ce qu’il appelle la rationalité écologique.Gigerenzer critique également la présentation de certaines expériences. Une difficulté peut venir de la formulation du problème, plutôt que d’une incapacité profonde de l’esprit humain. Prenons un dépistage : sur 1 000 personnes, 10 sont malades ; le test repère 9 de ces malades, mais donne aussi 99 faux positifs. Parmi les 108 résultats positifs, seuls 9 correspondent donc à une maladie. Présentée ainsi, en fréquences naturelles, l’information devient plus facile à comprendre qu’avec une suite de pourcentages et de probabilités conditionnelles.Le désaccord reste toutefois à nuancer : Kahneman reconnaît lui aussi que les raccourcis mentaux sont souvent utiles. Gigerenzer insiste davantage sur leurs réussites et sur les conditions qui les rendent adaptés. Plutôt que de chercher uniquement à corriger notre cerveau, ne faudrait-il pas aussi mieux organiser l’information qui guide nos décisions ?
