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    Question d'oral

    Caruso : en quoi le début du XXe siècle marque-t-il une nouvelle économie de la voix ?

    Réponse d'oral

    Avec Caruso, le début du XXe siècle marque une nouvelle économie de la voix : grâce au disque, le chant devient un bien reproductible, vendu et écouté loin de la scène. Auparavant, un grand chanteur gagnait surtout sa vie en se produisant devant un public présent. L’enregistrement permet désormais de commercialiser une même performance des milliers de fois. La voix se détache ainsi du corps et du lieu où elle a été produite.
    Le ténor italien Enrico Caruso incarne ce changement. En 1902, à Milan, il enregistre dix airs pour la Gramophone Company. Dès 1903, sa collaboration avec la firme américaine Victor accompagne son succès au Metropolitan Opera de New York. Sa voix entre dans les foyers équipés d’un gramophone. Un amateur peut réécouter un air à volonté, sans acheter chaque fois une place d’opéra. Cette diffusion repose sur une industrie : fabricants d’appareils, maisons de disques, publicité et réseaux de vente. Les redevances sur les ventes ajoutent une nouvelle source de revenus aux cachets du chanteur.
    Ce bouleversement transforme aussi la célébrité et l’écoute. Le disque vend une œuvre, mais surtout une voix reconnaissable, un nom et une personnalité : Caruso devient une vedette internationale du marché phonographique. Pourtant, l’enregistrement acoustique impose ses contraintes, notamment une durée courte et le chant devant un pavillon, sans microphone électrique. L’interprétation s’adapte donc au support. La singularité vocale, pourtant liée à un corps vivant, devient reproductible et rentable. Dès lors, entend-on seulement un artiste sur disque, ou aussi la manière dont une industrie façonne sa présence ?