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    Question d'oral

    Gould 1955 : qu’est-ce qu’une interprétation “auteur” ?

    Réponse d'oral

    Chez Glenn Gould, l’enregistrement de 1955 des Variations Goldberg de Bach montre qu’une interprétation « auteur » est une lecture musicale si personnelle qu’elle devient une œuvre reconnaissable, sans remplacer celle du compositeur. Le pianiste canadien, alors âgé de 22 ans, ne se contente pas de jouer les bonnes notes. Il affirme une manière d’entendre Bach : des tempi souvent rapides, des notes nettement détachées et une grande clarté des différentes voix. Son piano fait ressortir les lignes musicales comme les personnages d’une conversation. Dès sa sortie en 1956, cet enregistrement contribue à imposer Gould sur la scène internationale.
    Être « auteur » de son interprétation ne signifie donc pas réécrire la partition. C’est donner un sens singulier à ce qu’elle laisse ouvert. Une indication de vitesse ne détermine pas chaque respiration ; une suite de notes ne fixe pas entièrement son phrasé. Gould choisit, hiérarchise, surprend. Il joue aussi au piano une œuvre publiée en 1741 pour clavecin : sa fidélité à Bach ne passe pas par la reproduction exacte des conditions d’origine, mais par une recherche de lisibilité musicale.
    La comparaison avec son second enregistrement, réalisé en 1981, est éclairante : l’ensemble devient plus lent, plus méditatif, avec une continuité davantage pensée entre les variations. La même partition révèle ainsi deux visions du même artiste. L’interprétation « auteur » reste une création, mais une création qui dialogue avec une œuvre préexistante. Jusqu’où peut-on alors faire entendre sa propre voix sans couvrir celle du compositeur ?