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    Question d'oral

    Simmel est-il dépassé par le bubble-up et les réseaux sociaux ?

    Réponse d'oral

    Simmel n’est pas dépassé par le bubble-up et les réseaux sociaux : son modèle de diffusion de la mode doit être corrigé, mais son analyse de l’imitation et de la distinction reste pertinente. En 1904, il explique que la mode répond à deux désirs contraires : appartenir à un groupe et s’en différencier. Dans son modèle, les classes supérieures adoptent un style, les autres l’imitent, puis les premières l’abandonnent. Cette diffusion du haut vers le bas ne suffit plus à expliquer toutes les tendances.
    Le bubble-up désigne justement le mouvement inverse : des styles issus de la rue ou de groupes minoritaires gagnent les milieux dominants et le luxe. En 2017, la collaboration entre Louis Vuitton et Supreme illustre cette rencontre entre une maison prestigieuse et une marque née de la culture skate. Les réseaux sociaux multiplient aussi les points de départ : une tendance peut venir d’un créateur indépendant, d’une communauté ou d’une vidéo virale. Toutefois, cette circulation n’est pas égalitaire. Les marques, les influenceurs et les plateformes disposent de moyens très différents pour rendre un style visible et rentable.
    L’intuition centrale de Simmel résiste donc : même lorsqu’une tendance vient d’en bas, chacun peut l’adopter pour ressembler aux autres tout en cherchant à se singulariser. La distinction passe alors par une pièce rare, une trouvaille vintage ou l’art d’associer des vêtements ordinaires. Bourdieu aide à comprendre pourquoi ces choix restent liés aux ressources et aux goûts socialement acquis. La vraie question devient alors : les réseaux sociaux démocratisent-ils la mode, ou renouvellent-ils surtout les façons de se distinguer ?