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    Question d'oral

    Le vêtement peut-il résister au marché (gilets jaunes, keffieh, Zelensky) ?

    Réponse d'oral

    Le vêtement peut résister au marché lorsqu’il devient un signe de lutte plutôt qu’un produit à acheter, mais cette résistance reste fragile. Sa force vient d’abord de son usage collectif : un objet banal peut devenir un symbole politique. En novembre 2018, les Gilets jaunes choisissent un équipement de sécurité obligatoire dans les voitures, peu coûteux et largement disponible. Pas besoin d’une marque prestigieuse pour être visible et rejoindre le mouvement. Ce vêtement détourne ainsi la logique de distinction sociale : il rassemble autour d’une colère commune plutôt qu’autour d’un niveau de consommation.
    Le keffieh montre cependant que résistance et commerce peuvent coexister. Associé à la cause palestinienne, notamment avec Yasser Arafat, il exprime une solidarité lorsqu’il est porté en manifestation. Mais vendu comme simple accessoire de mode, il peut perdre sa portée revendicative. C’est la récupération marchande : le marché transforme un signe contestataire en style désirable. À l’inverse, acheter un keffieh auprès d’un fabricant palestinien peut soutenir une activité économique et conserver un sens politique. L’achat n’annule donc pas automatiquement l’engagement.
    Depuis l’invasion russe de février 2022, les tenues kaki de Volodymyr Zelensky rompent avec le costume diplomatique habituel. Elles mettent en scène un président mobilisé, proche des soldats : leur efficacité relève surtout de la communication politique, pas nécessairement d’un refus du marché. Résister suppose donc moins d’échapper totalement au commerce que de garder la maîtrise du sens donné au vêtement. La vraie question devient alors : qui décide de ce qu’un vêtement signifie, ceux qui le portent ou ceux qui le vendent ?