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    Question d'oral

    Traduction : citer en français change-t-il le sens d’une phrase philosophique ? Donnez un exemple.

    Réponse d'oral

    Citer en français une phrase philosophique traduite peut en modifier le sens, car une traduction implique des choix entre des mots qui ne se recouvrent pas exactement d’une langue à l’autre. Cela ne signifie pas que toute traduction trahit l’auteur. Elle rend sa pensée accessible, mais elle peut accentuer une idée et en atténuer une autre. En philosophie, ce détail compte : un seul mot peut porter une grande partie du raisonnement.
    Un exemple célèbre vient d’Aristote, dans la Politique, au IVe siècle avant notre ère. L’expression grecque zôon politikon est généralement traduite par « animal politique ». Ici, politique renvoie à la polis, la cité : l’être humain accomplit sa nature dans une communauté organisée autour de lois et d’une conception du juste. Traduire cette expression par « animal social » souligne plutôt son besoin de vivre avec les autres. Ce n’est pas absurde, mais c’est moins précis : les abeilles vivent elles aussi en groupe. Chez Aristote, la parole permet surtout aux humains de discuter du juste et de l’injuste. Et comprendre « politique » au sens actuel de militant d’un parti serait également trompeur.
    Pour citer rigoureusement, il faut donc distinguer les mots de l’auteur des choix de son traducteur. Une citation traduite doit reproduire fidèlement la version française retenue ; une reformulation personnelle doit être présentée comme une paraphrase. À l’oral, expliquer le mot décisif permet souvent d’éviter le contresens. La traduction invite ainsi à une question plus large : peut-on séparer complètement une pensée de la langue dans laquelle elle est née ?