Retour à la fiche
    Question d'oral

    Les grands hommes font-ils l'histoire (Carlyle contre Tolstoï) ?

    Réponse d'oral

    Les grands hommes font l’histoire, mais ils ne la font jamais seuls : leur influence dépend des circonstances et de l’action de millions d’autres personnes. Pour Carlyle, dans Les Héros publié en 1841, « l’histoire du monde est la biographie des grands hommes ». Certaines personnalités exceptionnelles donnent une direction aux événements grâce à leur courage, leur vision ou leur autorité. Napoléon semble illustrer cette idée : ses décisions militaires et le Code civil de 1804 ont durablement marqué la France et l’Europe. Sans lui, l’histoire aurait sans doute pris un autre chemin.
    Mais Tolstoï, dans Guerre et Paix, conteste cette vision. Les chefs croient commander l’histoire, alors qu’ils dépendent d’une multitude de décisions individuelles et de conditions qu’ils ne maîtrisent pas. En 1812, la défaite de Napoléon en Russie ne s’explique pas seulement par les choix des dirigeants : les distances, le ravitaillement, la résistance russe et le froid jouent aussi leur rôle. Une personnalité peut donc peser sur les événements sans en être l’unique moteur.
    Il faut enfin distinguer l’action historique et la mémoire collective. Une société choisit ses grandes figures après coup, selon ses valeurs. L’entrée de Joséphine Baker au Panthéon en 2021 honore ainsi une artiste, une résistante et une militante antiraciste. Elle rappelle aussi que les femmes ont longtemps été moins célébrées, sans avoir été absentes de l’histoire. La grandeur est donc à la fois une capacité d’agir et une reconnaissance sociale. Admirer quelques figures ne devrait-il pas aussi nous apprendre à voir celles et ceux restés dans leur ombre ?