Retour à la fiche
Question d'oral
L'haussmannisation est-elle le premier exemple de gentrification ?
Réponse d'oral
L’haussmannisation n’est pas le premier exemple de gentrification, mais elle en annonce certains mécanismes : transformer les quartiers, augmenter leur valeur et repousser une partie des habitants modestes. Le mot « gentrification », créé par la sociologue Ruth Glass en 1964 à propos de Londres, désigne l’arrivée de populations plus aisées dans un quartier populaire, accompagnée d’un changement social et commercial. Appliquer ce terme au Paris du XIXe siècle est donc éclairant, à condition de ne pas confondre deux phénomènes différents.Entre 1853 et 1870, sous Napoléon III, le préfet Haussmann transforme Paris par une intervention publique massive. Les démolitions, les expropriations et la construction d’immeubles neufs favorisent la hausse des loyers et le déplacement de nombreux habitants modestes vers les quartiers périphériques. Le boulevard de Sébastopol, inauguré en 1858 et large de 30 mètres, illustre cette transformation. Mais l’objectif ne se limite pas à attirer les riches : il s’agit aussi de faciliter la circulation, d’affirmer le pouvoir et d’assainir la capitale. L’hygiénisme justifie ainsi les réseaux d’eau, les égouts et l’ouverture de voies aérées.Il vaut donc mieux parler d’un précédent majeur de recomposition sociale que d’une première gentrification au sens strict. Des déplacements de populations liés à des embellissements urbains existaient déjà. Surtout, l’immeuble haussmannien conserve une proximité entre classes : les ménages aisés occupent notamment le deuxième étage, tandis que les domestiques logent sous les toits. Cette proximité reste profondément inégalitaire. La question demeure actuelle : comment améliorer une ville sans en exclure ceux qui y vivent déjà ?
