Retour à la fiche
    Question d'oral

    Le metteur en scène est-il un serviteur ou un rival de l'auteur ?

    Réponse d'oral

    Le metteur en scène est à la fois un serviteur de l’auteur et un créateur qui peut devenir son rival : il fait vivre le texte de théâtre, mais lui donne aussi un sens nouveau. Une pièce possède une double existence. Elle peut se lire comme une œuvre littéraire et servir de partition pour un spectacle. Les dialogues et les didascalies, ces indications de gestes, de décors ou d’intonations, guident la représentation. Le metteur en scène doit donc comprendre cette écriture, ses conflits et son rythme. Servir l’auteur, ce n’est pas seulement respecter ses mots : c’est rendre leur force sensible au public.
    Mais passer de l’écrit à la scène impose des choix. Quel acteur incarne le personnage ? Faut-il un décor historique ou contemporain ? Un silence peut rendre une réplique tendre, menaçante ou ironique. La mise en scène est donc une interprétation, jamais une simple copie. En 1964, Roger Planchon présente à Villeurbanne un Tartuffe de Molière qui insiste sur les rapports de pouvoir et le désir. Sans changer l’auteur, il déplace le regard du spectateur. Cette liberté devient une rivalité lorsqu’elle réduit la pièce à une idée personnelle ou efface ce qui lui résiste.
    L’opposition entre fidélité et trahison reste donc trop simple. Une représentation très respectueuse des costumes anciens peut manquer l’énergie d’une œuvre, tandis qu’une adaptation moderne peut la retrouver. Le meilleur metteur en scène serait alors un partenaire de l’auteur, capable de dialoguer avec lui plutôt que de s’effacer ou de l’écraser. Reste à se demander jusqu’où une œuvre peut être transformée sans perdre ce qui la rend unique.