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    Question d'oral

    Faut-il décorer les chefs d'État étrangers, y compris autoritaires ?

    Réponse d'oral

    Décorer les chefs d’État étrangers, y compris autoritaires, peut servir la diplomatie, mais cela devient contestable lorsque la Légion d’honneur semble récompenser le pouvoir plutôt que le mérite. Créée par Bonaparte le 19 mai 1802, cette distinction récompense les « mérites éminents » civils et militaires. Or, recevoir un dirigeant pour négocier ne signifie pas nécessairement devoir l’honorer. Il faut donc distinguer deux gestes : maintenir le dialogue avec un État et attribuer une marque publique d’estime à son chef.
    Les défenseurs de ces décorations invoquent la diplomatie. Une distinction peut entretenir une alliance, reconnaître une coopération ou faciliter des échanges dans une période tendue. Elle honore alors davantage une relation entre États qu’une conduite personnelle. Mais cette justification a ses limites. En décembre 2020, Emmanuel Macron a remis la grand-croix de la Légion d’honneur au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Cette décision a suscité des critiques en raison de la répression politique en Égypte. Le risque est clair : offrir au dirigeant une image de respectabilité et brouiller le message adressé aux défenseurs des libertés.
    Il ne faudrait donc ni interdire automatiquement toute décoration étrangère, ni en faire une simple formalité protocolaire. Des critères publics devraient permettre d’apprécier les services rendus et le respect des droits humains. Une décoration engage aussi la crédibilité de la République auprès de ses citoyens. La question devient alors celle du prix symbolique que la France accepte de payer pour préserver ses alliances.