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    Question d'oral

    Comment construire une « bibliothèque mentale » qui ne soit pas eurocentrée tout en restant praticable pour un concours ?

    Réponse d'oral

    Pour construire une bibliothèque mentale non eurocentrée tout en restant praticable pour un concours, il faut choisir un petit nombre d’œuvres, mais varier les régions, les époques et les questions qu’elles permettent de poser. L’objectif n’est pas de collectionner les nationalités. C’est de disposer de repères solides, capables de dialoguer sans ramener toutes les littératures au modèle européen. Une douzaine d’œuvres bien situées vaut mieux que cinquante titres simplement mémorisés. Pour chacune, il faut connaître son contexte, sa forme, une scène précise et la question qu’elle soulève.
    Le plus efficace est de construire des rapprochements thématiques. Sur la rencontre entre sociétés et la domination, Tout s’effondre de Chinua Achebe, publié en 1958, permet d’aborder la colonisation depuis une communauté igbo du Nigeria, avec ses règles et ses tensions internes. Sur la mémoire, Beloved de Toni Morrison, paru en 1987, interroge les traces de l’esclavage dans les vies individuelles. Sur l’amour et les hiérarchies sociales, Le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, composé au Japon au début du XIe siècle, rappelle que l’exploration des sentiments n’a pas attendu le roman européen moderne. Ces œuvres ne représentent pas seules un continent : elles portent des regards singuliers.
    Pour le concours, cette ouverture doit rester une méthode de lecture : lire intégralement quelques ouvrages, compléter par des extraits substantiels, puis préparer des comparaisons précises avec Hugo, Homère ou Flaubert. Il faut aussi accepter les différences : deux œuvres parlant de justice ne lui donnent pas nécessairement le même sens. Une bibliothèque vraiment ouverte ne commence-t-elle pas lorsque les livres déplacent nos questions, au lieu de seulement illustrer nos réponses ?