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    Question d'oral

    Que gagne-t-on à mobiliser une œuvre francophone (Césaire, Condé, Ernaux…) plutôt qu’un « classique » français très attendu ?

    Réponse d'oral

    Mobiliser une œuvre francophone de Césaire, Condé ou Ernaux plutôt qu’un « classique » français très attendu permet de proposer un regard moins convenu et d’élargir le débat. Le gain n’est pas de paraître original à tout prix. Il est de montrer qu’une même question, comme la liberté, la mémoire ou la domination, change selon la personne qui la raconte. Attention cependant : littérature francophone et littérature française ne s’opposent pas. Annie Ernaux est une écrivaine française, et Aimé Césaire est lui-même devenu un classique. L’enjeu est donc surtout de sortir des références automatiques.
    Dans le Cahier d’un retour au pays natal, publié une première fois en 1939, Césaire transforme l’expérience coloniale et le retour en Martinique en une parole poétique de révolte. Pour parler de dignité, cette œuvre apporte un éclairage différent de celui des Misérables : elle interroge notamment le racisme et la possibilité de reprendre la parole après avoir été dévalorisé. Dans La Place, paru en 1983, Ernaux raconte la vie de son père et la distance sociale creusée entre eux par ses études. La mobilité sociale apparaît alors comme une réussite, mais aussi comme une séparation intime.
    Une telle référence renforce donc un raisonnement si elle est précise et pertinente : une scène, un choix d’écriture, un contexte valent mieux qu’un nom prestigieux. Elle ne remplace pas un canon par un autre ; elle fait dialoguer plusieurs expériences du monde. Et si la véritable culture littéraire consistait moins à citer les œuvres attendues qu’à trouver celle qui déplace justement notre regard ?