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    Question d'oral

    Avec les résumés automatiques et l’IA, qu’est-ce qui reste irremplaçable dans la lecture d’une œuvre ?

    Réponse d'oral

    Avec les résumés automatiques et l’IA, ce qui reste irremplaçable dans la lecture d’une œuvre, c’est l’expérience de sa langue et de sa durée, pas seulement la connaissance de son histoire. Un résumé indique ce qui arrive aux personnages. Mais il transforme souvent les hésitations, les silences et les surprises en informations immédiatement disponibles. Or lire, c’est aussi attendre, se tromper et changer d’avis. Dans Madame Bovary, publié en 1857, savoir qu’Emma s’ennuie dans son mariage et cherche ailleurs une vie passionnée ne suffit pas. Il faut entendre comment Flaubert fait passer les clichés romantiques dans ses pensées, avec une ironie qui rend notre jugement incertain.
    La lecture permet ainsi une rencontre avec une voix qui résiste à nos habitudes. Dans Les Misérables de Victor Hugo, publié en 1862, les détours consacrés à Waterloo ou aux égouts de Paris peuvent sembler ralentir l’action. Pourtant, ils relient le destin de Jean Valjean à l’histoire collective et aux réalités matérielles de la société. Les supprimer, c’est gagner du temps, mais perdre une partie de ce que le roman cherche à faire comprendre et ressentir.
    L’IA reste donc un outil d’orientation utile : elle peut présenter un contexte, éclairer une allusion ou aider à choisir un livre. Elle ne remplace cependant pas le travail personnel par lequel une phrase nous touche, nous agace ou modifie notre regard. Un classique demeure vivant parce que chaque lecteur l’éprouve autrement. Si nous ne gardons des œuvres que leur message, ne risquons-nous pas de perdre ce qu’elles nous apprennent à percevoir ?