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    Question d'oral

    La poésie est-elle traduisible ? Que devient une rime ou une musique dans une autre langue ?

    Réponse d'oral

    La poésie est traduisible, mais une rime ou une musique ne passent pas intactes d’une langue à l’autre : traduire un poème, c’est aussi le recréer. On peut transmettre une scène, une émotion, une image. Pourtant, les mots ne sont pas de simples véhicules d’information : ils ont une longueur, des accents et des sonorités propres. En français, « amour » rime avec « toujours » ; en anglais, « love » et « always » ne riment pas. Le sens demeure, mais le lien musical se défait. Le traducteur doit donc choisir ce qu’il veut préserver : le sens exact, le rythme, la rime ou l’impression produite.
    Cette difficulté apparaît chez Verlaine, qui écrit dans son Art poétique, composé en 1874 : « De la musique avant toute chose ». Si la musique participe à la pensée, la traduction ne peut pas se contenter de remplacer chaque mot par son équivalent. Elle cherche une équivalence d’effet. Pour rendre une douceur, elle peut employer d’autres sons doux ; pour restituer un souffle heurté, elle peut raccourcir les phrases. Une rime peut disparaître au profit d’un écho sonore à l’intérieur du vers. Cette liberté reste cependant une responsabilité : recréer ne signifie pas écrire un tout autre poème.
    La traduction poétique implique donc une perte, mais aussi une invention. Elle fait entendre une œuvre autrement, sans prétendre remplacer l’original. Deux traductions peuvent ainsi éclairer deux aspects du même poème. Et si cette différence nous aidait justement à mieux entendre ce que chaque langue rend possible ?