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    Question d'oral

    À l’ère des formats courts (réseaux sociaux), la poésie gagne-t-elle un nouveau public ou perd-elle en exigence ?

    Réponse d'oral

    À l’ère des formats courts sur les réseaux sociaux, la poésie gagne un nouveau public, mais elle risque de perdre en exigence si elle cherche seulement à plaire immédiatement. Une publication sur Instagram peut faire découvrir quelques vers à une personne qui n’ouvre jamais un recueil. Le partage, la lecture à voix haute et la vidéo rendent la poésie plus accessible. Mais brièveté ne signifie pas facilité : le haïku japonais concentre depuis longtemps une sensation ou une scène en quelques mots. Le problème n’est donc pas la longueur, mais le travail accompli sur la langue.
    La poésie commence quand les mots ne servent plus seulement à transmettre un message : leur rythme, leurs sons et leurs images deviennent essentiels. Dans son Art poétique, écrit en 1874, Verlaine affirme : « De la musique avant toute chose ». Cette exigence poétique peut parfaitement vivre sur un écran. En revanche, une formule rassurante posée sur une jolie photographie ne devient pas automatiquement un poème. Les plateformes favorisent souvent ce qui se comprend et se partage vite. Elles peuvent ainsi pousser à répéter des recettes, au détriment de la surprise, de l’ambiguïté ou d’une lecture plus lente.
    Il faut donc distinguer visibilité et qualité. Les réseaux peuvent être une porte d’entrée vers un recueil, une rencontre ou une pratique personnelle de l’écriture. Ils deviennent une limite lorsque le nombre de réactions remplace tout jugement sur les œuvres. L’enjeu est peut-être moins de défendre la poésie contre les écrans que d’apprendre à y lire autrement.