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Question d'oral
Le prix tue-t-il l'œuvre ?
Réponse d'oral
Le prix ne tue pas nécessairement l’œuvre, mais il peut transformer notre manière de la découvrir, de la juger et même de la créer. Une récompense apporte d’abord de la reconnaissance : elle attire l’attention sur un livre, un film ou une recherche qui aurait pu rester confidentiel. Elle donne aussi à son auteur des moyens de poursuivre son travail. Le prix Goncourt, créé en 1903, illustre ce paradoxe : sa récompense financière est symbolique, mais son célèbre bandeau rouge peut entraîner des centaines de milliers de ventes. Le prix ne détruit donc pas l’œuvre ; il lui offre parfois une seconde naissance auprès du public.Le danger apparaît lorsque la distinction remplace le jugement personnel. On achète alors « le Goncourt » plutôt qu’un roman dont le sujet nous intéresse. L’œuvre devient un produit consacré, qu’il faudrait admirer parce qu’un jury l’a choisi. La récompense peut aussi enfermer son créateur dans une formule : après un succès, éditeurs, producteurs et public attendent souvent la même chose. L’artiste risque de chercher l’approbation plutôt que la nouveauté. En 1964, Jean-Paul Sartre refuse le prix Nobel de littérature, notamment parce qu’il ne veut pas être transformé en institution.Finalement, le prix menace moins l’existence de l’œuvre que sa liberté : celle de l’auteur, mais aussi celle du lecteur ou du spectateur. Une distinction reste utile si elle constitue une invitation à découvrir, et non un ordre d’admirer. La meilleure récompense n’est-elle pas, alors, celle qui donne envie de rencontrer l’œuvre sans décider à notre place de sa valeur ?
