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    Question d'oral

    Science collective : comment récompenser un travail issu d’équipes et d’infrastructures (grands instruments, biobanques, calcul) ?

    Réponse d'oral

    Récompenser une science collective, issue d’équipes et de grandes infrastructures, suppose de distinguer les découvertes décisives sans effacer tous ceux qui les rendent possibles. Or les prix Nobel scientifiques récompensent au maximum trois personnes par prix et ne sont pas attribués à des organisations. Ce modèle valorise des figures individuelles, alors que la recherche dépend souvent de centaines de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens. Un grand instrument, une biobanque ou un centre de calcul ne produit rien sans ce travail partagé, parfois peu visible.
    Le boson de Higgs illustre cette tension. En 2013, le Nobel de physique récompense François Englert et Peter Higgs pour leurs travaux théoriques. Mais la découverte expérimentale annoncée en 2012 repose sur les collaborations ATLAS et CMS, au CERN, réunissant chacune plusieurs milliers de personnes autour du grand collisionneur de hadrons. Le choix des lauréats reconnaît donc une contribution fondamentale, pas l’ensemble de la chaîne de découverte. Le prestige peut ainsi donner une image trop solitaire du progrès scientifique.
    Une solution serait de compléter les distinctions individuelles par des récompenses collectives, attribuées aux équipes et accompagnées de financements durables. Il faudrait aussi mieux reconnaître, dans les carrières, la conception des instruments, la qualité des données et le développement des logiciels. Cela n’interdit pas de saluer une intuition exceptionnelle : il s’agit de rendre visibles les différentes contributions, avec des critères publics et précis. Récompenser la science, est-ce seulement couronner une découverte, ou aussi soutenir le collectif qui rendra possible la suivante ?