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    Question d'oral

    La "démocratisation de la grande cuisine" à cette période est-elle un mythe ou une réalité nuancée ?

    Réponse d'oral

    La « démocratisation de la grande cuisine » pendant la Révolution française est une réalité nuancée : le restaurant élargit l’accès aux repas raffinés, sans les rendre accessibles à tous. Avant 1789, cette cuisine appartient surtout aux maisons aristocratiques. Avec le restaurant, il devient possible d’en profiter sans être noble ni invité chez un grand seigneur. Il suffit, en principe, de payer. C’est un changement majeur : l’argent remplace en partie la naissance comme condition d’accès. Mais la Révolution accélère une évolution déjà engagée. Dès 1782, Antoine Beauvilliers ouvre à Paris un établissement proposant une cuisine soignée dans un cadre élégant.
    La rupture révolutionnaire favorise ensuite la circulation des savoir-faire. Le départ ou la ruine de certaines familles nobles pousse des cuisiniers à chercher d’autres débouchés. La suppression des corporations en 1791 facilite aussi la liberté d’entreprendre. Le restaurant associe tables séparées, choix des plats à la carte et horaires plus souples. Le client compose davantage son repas, au lieu de subir le menu et l’heure d’une table commune. La grande cuisine devient ainsi une offre publique et commerciale, même si ces innovations ne naissent pas toutes avec la Révolution.
    Cependant, l’accès reste socialement limité. Les ouvriers et les plus pauvres n’ont généralement pas les moyens de fréquenter les bonnes tables. La bourgeoisie en devient une clientèle privilégiée et y affiche sa réussite. Il s’agit donc moins d’une cuisine pour tous que d’une cuisine ouverte à ceux qui peuvent payer. Rendre un plaisir achetable suffit-il vraiment à le démocratiser ?