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    Question d'oral

    Les Lumières sont-elles eurocentrées : comment intégrer l’Atlantique, les colonies, l’esclavage dans le récit ?

    Réponse d'oral

    Les Lumières sont en partie eurocentrées, mais intégrer l’Atlantique, les colonies et l’esclavage permet de comprendre leurs contradictions et la portée de leurs idées. Leurs grands penseurs écrivent surtout depuis l’Europe et présentent souvent leur propre société comme un modèle de progrès. Pourtant, leurs réflexions se nourrissent de voyages, du commerce colonial et de rencontres avec d’autres peuples. L’Europe ne pense donc pas seule : elle appartient à un monde atlantique où circulent des livres, des marchandises et des personnes, dont des millions d’Africains déportés.
    L’esclavage révèle une contradiction centrale : comment proclamer la liberté naturelle tout en acceptant la domination coloniale ? Les positions des philosophes sont diverses. Certains dénoncent la traite et l’esclavage, sans toujours remettre en cause toute la colonisation. En 1776, la Déclaration d’indépendance américaine affirme que les hommes sont créés égaux, mais Thomas Jefferson, son principal rédacteur, possède des esclaves. Il faut donc distinguer les principes universels de leur application, longtemps réservée à une partie de l’humanité.
    Intégrer les colonies au récit, c’est aussi reconnaître leurs habitants comme des acteurs politiques, et non comme de simples victimes. À Saint-Domingue, l’insurrection des esclaves commence en 1791. Toussaint Louverture devient une figure majeure de cette révolution, qui aboutit à l’indépendance d’Haïti en 1804, après sa mort. Les insurgés ne reçoivent pas passivement les idées européennes : ils donnent à la liberté un sens concret, celui de sortir de l’esclavage. L’universel doit-il alors être compris comme une invention européenne ou comme une conquête collective ?