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Question d'oral
Faut-il enseigner un récit national à l'école ?
Réponse d'oral
Il faut enseigner un récit national à l’école, mais comme une histoire commune à interroger, non comme une légende à croire. Connaître la Révolution, la République ou les guerres mondiales permet de comprendre la société française et ses débats. Au XIXe siècle, Michelet donne à la France une personnalité presque vivante. Sous la IIIe République, les manuels de Lavisse transmettent un passé commun destiné à former des citoyens attachés à leur pays. Ce projet rassemble, mais il présente souvent la nation comme une évidence ancienne, dont la République serait l’aboutissement naturel.L’école doit donc distinguer histoire et mémoire. La mémoire entretient un lien affectif avec le passé ; l’histoire confronte les documents et accepte de revoir ses conclusions. Jeanne d’Arc peut ainsi être étudiée comme un personnage du XVe siècle, puis comme une héroïne revendiquée par des camps politiques différents. De même, enseigner la colonisation suppose de présenter ses conquêtes, ses violences et les résistances qu’elle suscite, sans imposer un bilan glorieux. En 2005, une disposition législative demandait aux programmes scolaires de reconnaître le « rôle positif » de la présence française outre-mer. Son abrogation en 2006 montre les limites d’une histoire prescrite par le pouvoir.Les lois mémorielles peuvent reconnaître des crimes ou combattre leur négation, mais elles ne remplacent pas le travail historique. Le bon récit scolaire offre donc des repères chronologiques, tout en intégrant les conflits, les migrations et les voix longtemps oubliées. L’enjeu n’est-il pas de construire un attachement commun assez solide pour accepter un regard critique sur son passé ?
