Retour à la fiche
    Question d'oral

    Eliade : en quoi le mythe est-il un récit “sacré” et qu’est-ce que cela implique pour son usage social ?

    Réponse d'oral

    Pour Mircea Eliade, le mythe est un récit sacré parce qu’il raconte comment, au temps des origines, des êtres surnaturels ont fait exister le monde, une institution ou une pratique ; son usage social consiste à donner des modèles à la vie collective. Il ne s’agit donc pas simplement d’une histoire extraordinaire. Dans les sociétés qu’étudie Eliade, le mythe est tenu pour vrai : il révèle une réalité fondatrice. Il explique moins « pourquoi les choses arrivent » que « comment elles ont commencé », et pourquoi leur origine leur donne une valeur particulière.
    Cette conception implique que le mythe puisse être réactualisé par le rite. Raconter les origines ou reproduire les gestes des dieux permet symboliquement de retrouver leur puissance créatrice. Ainsi, lors de la fête babylonienne du Nouvel An, l’Akitu, on récitait l’Enuma Elish, qui raconte notamment la victoire de Marduk sur Tiamat et l’organisation du monde. Selon la lecture d’Eliade, cette célébration ne commémore pas seulement un événement ancien : elle participe au renouvellement de l’ordre cosmique et collectif.
    Le mythe fournit ainsi des modèles de conduite et légitime des règles, des fonctions ou des pouvoirs. Il rassemble, transmet et rassure, mais peut aussi rendre l’ordre établi difficile à contester : comment discuter ce que les dieux auraient fondé ? Barthes déplace cette interrogation vers les sociétés modernes : leurs mythes peuvent présenter comme naturel ce qui relève de l’histoire. La question devient alors de savoir quand un récit commun aide une société à vivre, et quand il l’empêche de changer.