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    Question d'oral

    Fallait-il juger Papon cinquante ans après ?

    Réponse d'oral

    Oui, il fallait juger Maurice Papon cinquante ans après, car les crimes contre l’humanité ne deviennent pas moins graves avec le temps et sont imprescriptibles en droit français. Son procès, tenu à Bordeaux de 1997 à 1998, concernait son rôle de secrétaire général de la préfecture de la Gironde sous Vichy. Le 2 avril 1998, il est condamné à dix ans de réclusion pour complicité de crimes contre l’humanité, pour son concours à l’arrestation et à la séquestration de Juifs transférés vers Drancy. Il n’est toutefois pas reconnu complice de leur assassinat : cette distinction montre que juger suppose d’établir précisément une responsabilité individuelle, et non de condamner indistinctement toute une époque.
    Ce procès tardif présentait de vraies difficultés. Des témoins étaient morts, les souvenirs avaient vieilli et l’accusé avait 87 ans au moment du verdict. Il fallait donc respecter les droits de la défense et confronter les témoignages aux archives. Mais renoncer au procès aurait laissé entendre qu’une longue carrière administrative pouvait effacer les actes commis sous l’Occupation. L’obéissance hiérarchique ne suffisait pas à dégager un fonctionnaire de sa responsabilité dans les persécutions.
    Enfin, ce jugement a contribué au travail de mémoire sur la participation de l’administration française à la Shoah. Il intervenait après la reconnaissance, par Jacques Chirac en 1995, de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv’. La justice ne remplace pas l’histoire, mais elle rappelle que les victimes restent titulaires de droits malgré les décennies. Jusqu’où un serviteur de l’État doit-il désobéir lorsque l’État organise l’injustice ?