La démographie française : natalité, vieillissement, immigration et territoires

    Notion
    8 min de lecture1946 – aujourd'hui

    68,6 millions d'habitants, 663 000 naissances (le plus bas depuis 1946), 1,62 enfant par femme, 22 % de plus de 65 ans, 85,6 ans d'espérance de vie féminine, un solde migratoire de 150 000 par an devenu le seul moteur de croissance : la France, longtemps « exception » féconde de l'Europe, entre dans le régime commun du vieillissement et du déclin naturel. Le baby-boom, les politiques familiales, l'immigration, les territoires (métropoles, diagonale du vide, outre-mer) et le débat de 2024-2025 sur le « réarmement démographique » sont les repères de cette fiche.

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    Définition

    La France compte 68,6 millions d'habitants au 1er janvier 2025 (66,4 en métropole, 2,2 outre-mer), 2e pays de l'Union derrière l'Allemagne (84 millions), 22e du monde ; densité 120 hab/km² (Île-de-France 1 000, Lozère 15) ; croissance +0,25 % par an, portée par le solde migratoire (+150 000) ; le solde naturel (naissances moins décès) est tombé à +17 000 en 2024 et devient négatif en 2025 pour la première fois hors guerre (663 000 naissances contre 646 000 décès en 2024 ; 2025 : les décès dépassent). Fécondité : 1,62 enfant par femme en 2024 (1,56 provisoire en 2025), contre 2,03 en 2010 ; âge moyen à la maternité 31 ans ; 63 % des naissances hors mariage ; descendance finale des générations 1970 : 2,0. Mortalité : 646 000 décès en 2024 (le baby-boom vieillit : 750 000 en 2040) ; espérance de vie 85,6 ans pour les femmes, 80 pour les hommes (record 2024), 13 ans d'écart entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres ; mortalité infantile 4 ‰ (en hausse depuis 2012, 20e rang européen). Vieillissement : 22 % de plus de 65 ans (14 millions), 10 % de plus de 75 ans, 30 000 centenaires ; 30 % de plus de 60 ans en 2070 ; âge médian 42 ans. Immigration : 7,3 millions d'immigrés (10,7 % de la population, INSEE 2023 : nés étrangers à l'étranger), dont 2,5 millions naturalisés ; 5,6 millions d'étrangers (8,2 %) ; 7,5 millions de descendants d'immigrés (deuxième génération) ; origines : Afrique 48 % (Maghreb 29 %), Europe 32 %, Asie 14 % ; 300 000 titres de séjour délivrés par an (étudiants, familial, travail, humanitaire) ; solde migratoire +150 000 à 200 000 ; l'immigration représente la totalité de la croissance depuis 2024. Ménages : 30 millions, 2,2 personnes par ménage, 37 % de personnes seules à Paris.
    Territoires : la métropolisation (Paris 12 millions, Lyon 2,3, Marseille 1,9, Toulouse et Bordeaux en forte croissance : +1 % par an), la diagonale du vide (des Ardennes aux Pyrénées : densités faibles, vieillissement, déclin), le littoral attractif (Atlantique, Méditerranée : le « héliotropisme »), le périurbain, la ruralité (33 % de la population en communes rurales selon la nouvelle définition), l'outre-mer (Mayotte : fécondité 4,6, la moitié de moins de 18 ans, 50 % d'étrangers ; la Guyane en croissance ; la Martinique et la Guadeloupe en déclin et vieillissement) ; les migrations internes (le Covid et l'exode urbain relatif, le télétravail, les retraités vers l'Ouest et le Sud).

    Contexte

    Le baby-boom et les Trente Glorieuses (1946-1973). 800 000 à 870 000 naissances par an pendant trente ans, fécondité de 2,9 (1964), l'immigration de travail (Italiens, Espagnols, Portugais, Algériens, Marocains : 4 millions d'immigrés en 1975), les politiques familiales (le Code de la famille 1939, les allocations 1945, le quotient familial 1945, l'INED de Sauvy), la croissance (40 millions en 1946, 52 en 1975) ; la loi Neuwirth (1967) et la loi Veil (1975) ne font pas chuter la natalité : la baisse commence en 1965 avec la fin du baby-boom (fécondité de 2,9 à 1,8 en 1980).
    L'exception française (1975-2010). L'immigration de travail suspendue (1974), le regroupement familial (1976), la fécondité stable autour de 1,8-2,0 alors que l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne tombent à 1,3 ; les explications (les politiques familiales : 4 % du PIB, les crèches, l'école maternelle à 3 ans, le congé parental, le quotient ; le travail des femmes conciliable ; la norme de deux enfants ; l'immigration : les femmes immigrées ont 2,6 enfants, contribuant à 0,1 point) ; le pic de 2010 (2,03, 833 000 naissances) ; l'INSEE prévoit alors 74 millions en 2050.
    La baisse (2010-2025). La fécondité recule chaque année depuis 2011 (2,0 puis 1,8 en 2019, 1,68 en 2022, 1,62 en 2024) ; les naissances chutent d'un cinquième (833 000 à 663 000) ; le Covid (le « baby-crash » de janvier 2021, puis un rebond, puis la reprise de la baisse) ; les causes discutées (l'âge tardif, le logement, l'infertilité en hausse, l'incertitude climatique et économique, les réformes des allocations : modulation 2015, la baisse des naissances de rang 3, le recul du désir d'enfant : 2,3 souhaités en moyenne mais moins chez les jeunes), le solde naturel s'effondre, la croissance ne tient que par l'immigration ; Macron annonce le « réarmement démographique » (janvier 2024 : congé de naissance de six mois mieux payé pour 2025-2026, plan contre l'infertilité) ; l'INSEE (2024) prévoit 68 millions en 2070 avec le déclin à partir de 2044 ; les projections régionales (l'Ouest et le Sud croissent, le Nord-Est et le Centre déclinent).
    Les débats de 2025. L'immigration (la loi de janvier 2024, la question des chiffres : 10 % d'immigrés, le « grand remplacement » démenti par l'INED, les régularisations, Mayotte et le droit du sol restreint en 2025), les retraites (le ratio actifs/retraités : 1,7 en 2025, 1,2 en 2070), la dépendance (le grand âge : 2 millions de personnes dépendantes en 2050, les Ehpad, la loi « bien vieillir » 2024), la fécondité (le congé de naissance, le logement, la PMA), l'école (la baisse des effectifs : 90 000 élèves de moins par an, les fermetures de classes), les territoires (la France des « déserts », les métropoles saturées, l'outre-mer).

    Mécanismes

    Comment l'INSEE compte. Le recensement continu (depuis 2004 : 8 % des communes de moins de 10 000 habitants et 8 % des logements des grandes villes chaque année, résultats annuels), l'état civil (les mairies), les enquêtes (Emploi, Trajectoires et origines de l'INED), les registres (la CNAV) ; la définition de l'immigré (né étranger à l'étranger, y compris naturalisé) et de l'étranger (nationalité) ; les statistiques ethniques interdites (loi de 1978) sauf dérogation ; les polémiques sur les chiffres (le « grand remplacement » : les descendants d'immigrés de toutes générations sont environ 25 % de la population, dont la moitié d'origine européenne ; l'INED : « la France est un vieux pays d'immigration », un tiers des Français ont un ascendant immigré sur trois générations).
    Pourquoi la France était féconde. La conciliation travail-famille (80 % des femmes de 25-49 ans travaillent, taux le plus haut d'Europe avec la fécondité la plus haute : le paradoxe se résout par les crèches et l'école), la norme (l'enfant désiré, la famille valorisée), les transferts (5 % du PIB pour la famille, le 1er rang OCDE), la laïcité (pas de norme religieuse contre le travail des mères, contrairement à l'Italie), l'immigration (marginale : 0,1 point) ; pourquoi elle recule : la fin des générations nombreuses de mères (les femmes de 25-35 ans sont moins nombreuses), le recul de l'âge, la baisse des troisièmes enfants, l'incertitude (le climat : 30 % des jeunes hésitent pour cette raison selon les sondages), le logement (le prix du m²), et une baisse du désir d'enfant chez les jeunes hommes surtout.
    Ce que fait le vieillissement. Le baby-boom entre dans le grand âge (les 80 ans nés en 1945) : les décès montent (750 000 en 2040), les dépenses de santé et de dépendance (35 milliards pour la dépendance), les retraites (14 % du PIB, le ratio qui se dégrade), la main-d'œuvre (les seniors, l'immigration de travail, la productivité), les territoires (les campagnes vieillies, le littoral des retraités), la politique (les plus de 60 ans votent le plus : le « gérontocratie » électorale) ; les réponses : la réforme des retraites (2023), l'immigration (« métiers en tension »), la prévention.
    Les territoires. La France se concentre (13 métropoles = 40 % de la population) et se vide (la diagonale), vieillit différemment (la Creuse 30 % de plus de 65 ans, la Seine-Saint-Denis 12 %), se déplace (le Sud-Ouest, l'Ouest, la Bretagne attirent ; le Nord-Est perd), se différencie outre-mer (Mayotte explosive, les Antilles en déclin) ; la carte démographique explique la carte politique (les gilets jaunes, le vote RN dans la France qui vieillit et se vide).

    Enjeux & débats

    1) La France est-elle en déclin démographique ? Le solde naturel devient négatif (2025), la fécondité est sous le seuil depuis 1975 (avec la descendance finale à 2,0 jusqu'aux générations 1970), la population croît encore (l'immigration) et déclinera vers 2044 ; le déclin est lent et relatif (la France reste jeune en Europe) ; les alarmistes (le « réarmement », la comparaison avec 1900) contre les sereins (Le Bras : « il n'y a pas de bon chiffre de population ») ; la question est celle du vieillissement plus que de l'effectif.
    2) Faut-il une politique nataliste ? La France a la plus ancienne (1939) et la plus généreuse ; elle a fonctionné (l'exception) puis a cessé (la baisse malgré les transferts) ; les mesures (le congé de naissance, la lutte contre l'infertilité, le logement, les crèches : 200 000 places manquantes) sont débattues ; les critiques (le natalisme comme injonction aux femmes, l'écologie : « un enfant de moins = 58 tonnes de CO₂ par an », l'inefficacité coréenne) contre les partisans (les retraites, la nation) ; les démographes : les politiques agissent sur le calendrier plus que sur le nombre final.
    3) L'immigration compense-t-elle ? Le solde migratoire (+150 000 à 200 000) fait toute la croissance depuis 2024 ; l'ONU parlait en 2000 de « migration de remplacement » (il faudrait 1,7 million d'immigrés par an pour maintenir le ratio actifs/retraités : impossible) ; l'immigration rajeunit peu (les immigrés vieillissent aussi) ; le débat oppose l'apport (le travail, la fécondité, la culture) et le coût (l'intégration, le logement, les tensions) ; les chiffres de l'INSEE contredisent les deux camps (10 % d'immigrés, ni « submersion » ni « marginalité »).
    4) Mayotte, la France en transition. 320 000 habitants (officiels, sans doute 400 000), fécondité de 4,6, la moitié de moins de 18 ans, 50 % d'étrangers (comoriens), la maternité la plus active de France (10 000 naissances), les bidonvilles, le cyclone Chido (décembre 2024), la restriction du droit du sol (2018, durcie 2025) ; le 101e département est le laboratoire de la question migratoire et du droit du sol.
    5) L'école et la démographie. 90 000 élèves de moins chaque année (la baisse de 2011 arrive au collège puis au lycée), les fermetures de classes rurales, les suppressions de postes (2025 : 4 000), la baisse des candidats aux concours, puis l'université (2030) ; la démographie scolaire pose la question de l'emploi de la ressource libérée (le dédoublement, la mixité) ou de sa suppression (le budget).

    Exemples

    • 1946 : 40 millions de Français ; Sauvy fonde l'INED ; de Gaulle : « douze millions de beaux bébés en dix ans » (mars 1945).
    • 1964 : le pic du baby-boom, fécondité de 2,9, 878 000 naissances ; les « classes pleines » qui font Mai 68 et le papy-boom d'aujourd'hui.
    • 1974 : Giscard suspend l'immigration de travail ; le regroupement familial (1976) prend le relais ; les 4 millions d'immigrés se sédentarisent.
    • 2010 : 833 000 naissances, fécondité 2,03, la France « championne d'Europe » ; l'INSEE projette 74 millions en 2050.
    • Janvier 2024 : Macron annonce le « réarmement démographique » ; congé de naissance, plan infertilité ; les féministes dénoncent le mot ; la fécondité continue de baisser.
    • 2024 : 663 000 naissances, le plus bas depuis 1946 ; 646 000 décès ; solde naturel +17 000, le plus faible depuis la guerre ; espérance de vie record (85,6 et 80).
    • Mayotte (14 décembre 2024) : le cyclone Chido dévaste les bidonvilles ; 40 morts officiels, sans doute des centaines ; la question du recensement des sans-papiers.
    • 2025 : pour la première fois depuis 1945, les décès dépassent les naissances en France ; « la France est entrée dans le déclin naturel » (INSEE, bilan).

    Pièges & confusions

    • Confondre immigré et étranger. Immigré : né étranger à l'étranger (10,7 %) ; étranger : sans nationalité française (8,2 %) ; 2,5 millions d'immigrés sont français.
    • Croire que l'immigration explique la fécondité française. Elle contribue à 0,1 point ; l'exception tenait aux politiques et au travail des femmes.
    • Dire que la loi Veil a fait baisser la natalité. La baisse commence en 1965, avec la fin du baby-boom.
    • Confondre solde naturel et croissance. La France croît (immigration) avec un solde naturel négatif (2025).
    • Ignorer l'outre-mer. Mayotte et la Guyane sont en transition, les Antilles en déclin : le contraste attendu.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « La France a-t-elle besoin d'enfants ? », « L'immigration est-elle une chance ? », « Le vieillissement est-il un déclin ? », « La nation est-elle une démographie ? », « Faut-il compter les origines ? », « La France est-elle fracturée territorialement ? ». Fiche de repères, indispensable pour l'actualité (réarmement, immigration, retraites).
    À l'oral, tenez les chiffres (68,6, 663 000, 1,62, 22 %, 85,6/80, 7,3 millions, +150 000), la chronologie (1946, 1964, 1974, 2010, 2024, 2025), l'exception française et sa fin, les définitions INSEE (immigré/étranger), les territoires (métropoles, diagonale, Mayotte), le vieillissement et les débats (déclin, natalisme, immigration, Mayotte, école). Le solde naturel négatif de 2025 est le fait de l'année.
    Angle d'attaque conseillé : partir de 2010 (833 000 naissances, la France « championne d'Europe ») et de 2025 (les décès dépassent les naissances) : quinze ans pour perdre l'exception, et la question de savoir si c'était une exception ou un retard.

    Sources

    • INSEE, Bilan démographique 2024
    • INSEE, Immigrés et descendants d'immigrés en France (2023)
    • INED, La population de la France
    • Hervé Le Bras, Il n'y a pas de bon chiffre de population
    • Haut-Commissariat au Plan, rapport démographie

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