La démographie : notions, outils et transition démographique

    Notion
    8 min de lecture1662 – aujourd'hui

    La démographie est la science des populations : leur effectif, leur structure (âge, sexe), leurs mouvements (naissances, décès, migrations). Née avec Graunt (1662), Malthus (1798) et les recensements, elle fournit les outils (taux de natalité, de mortalité, indice de fécondité, espérance de vie, pyramide des âges) et le modèle central de la transition démographique (passage d'un régime de forte natalité et forte mortalité à un régime de faibles natalité et mortalité) qui explique la croissance de 1 à 8 milliards en deux siècles. Cette fiche pivot donne le vocabulaire et les repères pour tout le thème.

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    Définition

    La démographie (du grec demos, peuple, et graphein, décrire ; mot d'Achille Guillard, 1855) étudie les populations humaines : l'état (effectif, densité, structure par âge et sexe, répartition) et le mouvement (natalité, mortalité, nuptialité, migrations). Ses indicateurs : le taux de natalité (naissances pour 1 000 habitants : monde 17 ‰, France 10 ‰, Niger 45 ‰), le taux de mortalité (décès pour 1 000 : monde 8 ‰, France 9,5 ‰), l'accroissement naturel (natalité moins mortalité), le solde migratoire, l'indice conjoncturel de fécondité (ICF : nombre moyen d'enfants par femme, monde 2,25, France 1,62 en 2024, Corée du Sud 0,72, Niger 6,2 ; seuil de renouvellement 2,1), la descendance finale (par génération), le taux de mortalité infantile (décès avant un an pour 1 000 naissances : monde 27 ‰, France 3,9 ‰, Sierra Leone 70 ‰), l'espérance de vie à la naissance (monde 73 ans, France 85,6 pour les femmes et 80 pour les hommes, Japon 84, Tchad 53), l'âge médian (monde 30 ans, Europe 44, Afrique 19, Japon 49), la pyramide des âges (structure : en parasol, en cloche, en ogive), le rapport de dépendance (jeunes et âgés rapportés aux actifs), le taux de vieillissement (plus de 65 ans : monde 10 %, France 22 %, Japon 29 %), la densité (monde 60 hab/km², France 120, Monaco 25 000).
    Le modèle de la transition démographique (Landry 1934, Notestein 1945, Thompson) : phase 1 (régime traditionnel : natalité et mortalité élevées, 40 ‰, croissance nulle), phase 2 (la mortalité baisse d'abord, la natalité reste haute : explosion démographique), phase 3 (la natalité baisse : croissance ralentie), phase 4 (régime moderne : natalité et mortalité basses, équilibre) et une hypothétique phase 5 (fécondité sous le seuil, déclin : l'Europe, l'Asie de l'Est, la « seconde transition démographique » de Lesthaeghe et Van de Kaa : individualisme, cohabitation, enfants tardifs). Les sources : les recensements (Chine 2020, Inde 2011, France annuel depuis 2004 par sondage), l'état civil (1539 en France, Villers-Cotterêts pour le baptême ; 1792 pour l'état civil laïc), les registres de population, les enquêtes (DHS), les institutions (INSEE 1946, INED 1945, Division de la population de l'ONU, Eurostat, Banque mondiale, Population Reference Bureau). Les fondateurs : John Graunt (1662, les bulletins de mortalité de Londres), Malthus (1798), Quetelet, Lotka, Landry (La Révolution démographique, 1934), Sauvy (fondateur de l'INED, « tiers-monde » 1952), Henry (la démographie historique), Bourgeois-Pichat, Chesnais, Le Bras, Pison.

    Contexte

    Avant la transition. L'humanité compte 5 millions de personnes au néolithique, 250 millions en l'an 1, 500 millions en 1500, un milliard vers 1800 : une croissance lente (0,1 % par an) sous le régime des « crises » (les famines, les épidémies : la peste noire de 1348 tue un tiers de l'Europe ; les guerres) et de la mortalité infantile (un enfant sur quatre mort avant un an) ; les couples ont 5 à 6 enfants, l'espérance de vie est de 30 ans (à cause de la mortalité des enfants, non des vieillards).
    La transition européenne (1750-1950). L'Angleterre (la révolution agricole, la vaccination de Jenner 1796, l'hygiène) puis la France (particulière : la fécondité baisse dès 1780, avant l'industrialisation, par « malthusianisme » paysan et héritage égalitaire, ce qui explique le déclin français au XIXe siècle : 28 millions en 1800, cinquième rang en 1900, la « dénatalité » qui obsède la IIIe République) ; la mortalité s'effondre (Pasteur, les égouts, l'eau), la natalité suit avec une génération de retard ; l'Europe passe de 190 millions (1800) à 550 (1950) et envoie 60 millions d'émigrants en Amérique ; Malthus (1798 : la population croît géométriquement, les subsistances arithmétiquement ; la « contrainte morale ») est démenti par la technique et vérifié par les famines coloniales.
    La transition mondiale (1950-2020). Le Sud entre en transition après 1945 (les antibiotiques, le DDT, les vaccins : la mortalité chute en dix ans, sans transformation économique) : l'explosion (2,5 milliards en 1950, 4 en 1975, 6 en 1999, 7 en 2011, 8 en novembre 2022), la peur (Ehrlich, La Bombe P, 1968 ; le Club de Rome 1972 ; les politiques de contrôle : l'enfant unique en Chine 1979-2015, les stérilisations indiennes 1975-1977), puis la baisse de la fécondité partout (l'Asie de l'Est en une génération, l'Amérique latine, le Maghreb : la Tunisie à 2,1, l'Iran de 6 à 1,7) ; l'Afrique subsaharienne reste en phase 2 (fécondité 4,5, la population double en 25 ans).
    Aujourd'hui. La fécondité mondiale est passée sous 2,3 (2024) ; deux tiers de l'humanité vivent dans des pays sous le seuil ; le pic mondial est prévu vers 2084 (10,3 milliards, ONU 2024) ou plus tôt (les projections révisées à la baisse : The Lancet 2020 prévoit 9,7 milliards en 2064 puis le déclin) ; la Chine décline depuis 2022 (1,41 milliard, l'Inde première depuis 2023 avec 1,43 milliard) ; l'Europe et le Japon vieillissent et déclinent (le Japon perd 800 000 habitants par an) ; l'Afrique passera de 1,5 à 2,5 milliards en 2050 ; la France (68,6 millions en 2025, 1,62 enfant par femme, décès supérieurs aux naissances en 2025 pour la première fois hors guerre) entre dans la phase 5 ; la démographie est redevenue une question politique (le « réarmement démographique », la Corée, Musk et le « déclin de l'humanité »).

    Mécanismes

    Pourquoi la mortalité baisse. L'alimentation (la révolution agricole, la pomme de terre), l'hygiène (l'eau, les égouts, le savon), la médecine (la vaccination, Pasteur, les antibiotiques 1940, la réhydratation orale), l'éducation (des mères surtout), la paix ; la transition épidémiologique (Omran, 1971) : des maladies infectieuses aux maladies dégénératives (cancers, cardiovasculaires) ; la mortalité infantile passe de 250 ‰ à 3 ‰ ; l'espérance de vie de 30 à 85 ans, gagnant trois mois par an au XXe siècle.
    Pourquoi la natalité baisse. La baisse de la mortalité infantile (on n'a plus besoin de six enfants pour en garder trois), l'urbanisation (l'enfant coûte au lieu de rapporter), l'éducation des femmes (le facteur le plus puissant : chaque année d'école réduit la fécondité), le travail féminin, la contraception (la pilule 1960, le stérilet, les politiques de planning familial), la sécurité sociale (les enfants ne sont plus l'assurance vieillesse), les valeurs (l'individualisme, la « qualité » de l'enfant plutôt que la quantité : Becker), les coûts (le logement, les études), l'âge au premier enfant (31 ans en France).
    Comment lire une pyramide des âges. La forme (en parasol : jeune, forte natalité, le Niger ; en cloche : équilibre ; en ogive ou en urne : vieillissement, l'Allemagne, le Japon), les creux (les guerres : les classes creuses de 1915-1919 en France ; la famine chinoise 1959-1961 ; les politiques : l'enfant unique), les bosses (le baby-boom 1946-1973 qui remonte la pyramide : le « papy-boom »), les déséquilibres de sexe (la Chine et l'Inde : 110 à 120 garçons pour 100 filles à la naissance par avortement sélectif ; 100 millions de « femmes manquantes », Amartya Sen).
    Comment on projette. Les projections de l'ONU (révisées tous les deux ans, trois variantes : haute, moyenne, basse), de l'INSEE (2070 : 68 millions, un tiers de plus de 60 ans), de l'IHME ; l'incertitude porte sur la fécondité africaine et sur la fécondité « ultra-basse » de l'Asie (la Corée à 0,72 : chaque génération est un tiers de la précédente) ; les erreurs passées (la surestimation de l'explosion dans les années 1970, la sous-estimation de la baisse) invitent à la prudence.

    Enjeux & débats

    1) Malthus avait-il raison ? Non pour la croissance (la technique a nourri 8 milliards : la révolution verte de Borlaug), oui pour l'idée de limite (les ressources, le climat : les néo-malthusiens de l'écologie, le Club de Rome, les « planetary boundaries ») ; le débat oppose les cornucopiens (Simon : l'homme est la ressource ultime) et les malthusiens (Ehrlich) ; la question s'est déplacée de la quantité d'hommes à la quantité de consommation (un Américain émet 15 tonnes de CO₂, un Nigérien 0,1).
    2) La transition est-elle universelle ? Le modèle européen s'est reproduit partout (l'Asie, l'Amérique latine) avec des rythmes différents (la Chine par la contrainte, l'Iran par l'éducation, la Thaïlande par le planning) ; l'Afrique subsaharienne est en retard (la fécondité baisse lentement : 4,5 ; le Niger 6,2) pour des raisons économiques (la pauvreté, l'agriculture), culturelles (la valeur de l'enfant, la polygamie) et politiques (l'absence de programmes) ; le débat porte sur l'« exception africaine » ou le simple décalage.
    3) Faut-il craindre le déclin ? La phase 5 (fécondité sous le seuil, déclin) inquiète (le vieillissement, les retraites, la puissance, l'innovation, la « mort » des nations : Musk, les natalistes) ou rassure (moins de pression sur les ressources, le climat, l'espace) ; les démographes (Pison, Le Bras) rappellent que le déclin est lent, que l'immigration compense, et que la fécondité peut remonter ; le débat oppose le nationalisme démographique et l'écologie.
    4) La démographie est-elle une science ? Elle a des données (les meilleures des sciences sociales), des lois (la transition, la mortalité), des projections vérifiables ; mais ses erreurs (les années 1970, le Covid), ses usages politiques (la « dénatalité » de 1900, le « grand remplacement » : Le Bras contre Zemmour, les chiffres de l'immigration), ses controverses internes (Todd et les systèmes familiaux) montrent qu'elle est une science engagée dans le débat public ; l'INED (Sauvy) et l'INSEE sont les arbitres français.
    5) La France, exception démographique ? Longtemps la « lanterne rouge » (le XIXe siècle : la peur de l'Allemagne), puis le baby-boom (1946-1973), puis la fécondité la plus élevée d'Europe (2,0 en 2010, grâce aux politiques familiales et au travail des femmes), puis la chute (1,62 en 2024, 1,6 en 2025) : l'exception s'efface ; les causes (le logement, l'incertitude, les valeurs, le désir d'enfant : 2,3 souhaités contre 1,6 réalisés) et les remèdes (le « réarmement », le congé de naissance) sont débattus.

    Exemples

    • Graunt (1662) : les Observations naturelles et politiques sur les bulletins de mortalité de Londres ; la première table de mortalité ; « le fondateur de la démographie ».
    • Malthus (1798) : Essai sur le principe de population : « la population, quand elle n'est pas freinée, croît en progression géométrique ; les subsistances en progression arithmétique » ; la « contrainte morale » (le mariage tardif) contre le vice et la misère.
    • La peste noire (1347-1352) : 25 à 50 millions de morts en Europe, un tiers de la population ; la population française ne retrouve son niveau de 1340 qu'en 1600.
    • Le baby-boom (1946-1973) : 800 000 à 860 000 naissances par an en France ; fécondité de 2,9 en 1964 ; Sauvy : « la France vieillit ; il lui faut des enfants ».
    • L'enfant unique (1979-2015) : la Chine limite à un enfant ; 400 millions de naissances « évitées » selon Pékin ; avortements forcés, stérilisations ; 30 millions d'hommes « en trop » ; deux enfants en 2016, trois en 2021, primes en 2024.
    • 8 milliards (15 novembre 2022) : le « jour des 8 milliards » de l'ONU ; le huit-milliardième bébé symbolique aux Philippines ; 12 ans pour le dernier milliard.
    • La Corée du Sud (2023) : fécondité de 0,72, la plus basse du monde ; 1 000 milliards de wons dépensés en quinze ans sans effet ; remontée à 0,75 en 2024.
    • France 2025 : « réarmement démographique » (Macron, 16 janvier 2024) ; 663 000 naissances en 2024, plus bas depuis 1946 ; les décès dépassent les naissances en 2025.

    Pièges & confusions

    • Confondre taux de natalité et fécondité. La natalité est pour 1 000 habitants ; la fécondité est le nombre d'enfants par femme.
    • Croire que l'espérance de vie de 30 ans signifiait mourir à 30 ans. C'est une moyenne tirée par la mortalité infantile ; les adultes vivaient 60 ans.
    • Situer la transition française au XIXe siècle industriel. Elle commence dès 1780, avant l'industrie : l'exception française.
    • Confondre déclin et vieillissement. Une population peut vieillir en croissant (l'immigration) ; le déclin est la baisse de l'effectif.
    • Ignorer le seuil de 2,1. Le chiffre le plus demandé : le renouvellement des générations.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « L'humanité est-elle trop nombreuse ? », « Faut-il avoir des enfants ? », « Le progrès a-t-il un coût ? », « La nation a-t-elle besoin de natalité ? », « Peut-on prévoir l'avenir ? », « L'homme est-il une ressource ? ». Fiche pivot du thème (ECG « L'humanité », Sciences Po, géopolitique), indispensable à connaître par cœur pour les chiffres.
    À l'oral, tenez les définitions et les chiffres clés (monde, France, extrêmes), la transition en cinq phases avec exemples, les sources, les fondateurs (Graunt, Malthus, Landry, Sauvy), les mécanismes (pourquoi mortalité et natalité baissent), la lecture des pyramides et les débats. Les 8 milliards et les 0,72 coréens sont les deux chiffres de l'époque ; Malthus l'auteur incontournable.
    Angle d'attaque conseillé : partir des deux chiffres de 2022-2023 (8 milliards d'humains, 0,72 enfant par femme en Corée) pour montrer que l'humanité vit en même temps l'explosion (l'Afrique) et l'implosion (l'Asie de l'Est), et que la transition démographique explique les deux.

    Sources

    • Gilles Pison, Atlas de la population mondiale
    • INED, Population et sociétés
    • ONU, World Population Prospects 2024
    • Thomas Malthus, Essai sur le principe de population (1798)
    • INSEE, Bilan démographique (annuel)

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