La population mondiale : 8 milliards, Inde, Chine, Afrique et les projections

    Notion
    8 min de lecture1950 – 2100

    8,2 milliards d'humains en 2025 : l'Inde (1,46 milliard) a dépassé la Chine (1,41, en déclin), l'Afrique (1,5 milliard) doublera d'ici 2050, l'Europe (740 millions) et l'Asie de l'Est déclinent, les États-Unis (340 millions) croissent par l'immigration. La croissance mondiale ralentit (0,9 % par an, contre 2 % en 1970), le pic est attendu vers 2084 à 10,3 milliards selon l'ONU, plus tôt selon d'autres. La géographie de la population change le monde : où naissent les humains, où ils vieillissent, où ils migrent.

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    Définition

    La population mondiale compte 8,2 milliards d'habitants (mi-2025, ONU), en croissance de 70 millions par an (0,9 %), contre 2,1 % au pic (1968) ; elle a été multipliée par 3,3 depuis 1950 (2,5 milliards). Répartition : Asie 4,8 milliards (59 %), Afrique 1,5 milliard (18 %), Europe 740 millions (9 %), Amérique latine 660 millions (8 %), Amérique du Nord 380 millions (5 %), Océanie 46 millions. Les dix premiers pays : Inde 1,46 milliard (première depuis avril 2023), Chine 1,41 (en déclin depuis 2022 : -2 millions par an), États-Unis 347 millions, Indonésie 285, Pakistan 255, Nigeria 237 (le plus peuplé d'Afrique, 400 millions en 2050), Brésil 212, Bangladesh 175, Russie 144 (en déclin), Éthiopie 135 ; puis le Mexique, le Japon (123, en déclin), l'Égypte, les Philippines, la RDC (112, la plus forte croissance), le Vietnam, l'Iran, la Turquie, l'Allemagne (84), la Thaïlande, la France (68,6, 22e).
    Fécondité (2024) : monde 2,25 ; Afrique subsaharienne 4,3 (Niger 6,2, Tchad 6, RDC 6, Somalie 6) ; Asie 1,9 (Inde 2,0, Chine 1,0, Japon 1,2, Corée 0,75, Taïwan 0,9, Hong Kong 0,7) ; Europe 1,4 (France 1,62, Allemagne 1,35, Italie 1,18, Espagne 1,12) ; Amériques 1,8 (États-Unis 1,6, Brésil 1,6) ; les deux tiers de l'humanité vivent sous le seuil de 2,1. Âge médian : monde 30,5 ; Afrique 19 ; Europe 43 ; Japon 49. Espérance de vie : monde 73,3 (femmes 76, hommes 71) ; Japon 84, Suisse et Espagne 83, France 82,5, États-Unis 79, Inde 72, Nigeria 54, Tchad 53. Urbanisation : 58 % (4,7 milliards), 68 % en 2050 ; 30 mégapoles de plus de 10 millions (Tokyo 37, Delhi 34, Shanghai 30, Dhaka 24, São Paulo 22, Le Caire 22, Mexico 22, Pékin 22, Bombay 21, Osaka 19, New York 19, Kinshasa 17, Lagos 17). Projections (ONU 2024, variante moyenne) : 8,5 milliards en 2030, 9,7 en 2050, pic à 10,3 milliards vers 2084, 10,2 en 2100 ; l'Inde 1,7 milliard en 2060 ; la Chine 630 millions en 2100 ; l'Afrique 2,5 milliards en 2050, 3,8 en 2100 (38 % de l'humanité) ; l'Europe 700 millions en 2050 ; le Nigeria troisième pays en 2050 ; l'IHME (The Lancet, 2020) prévoit un pic plus précoce (2064, 9,7 milliards) et 8,8 milliards en 2100 ; 63 pays ont déjà atteint leur pic (Chine, Japon, Allemagne, Russie, Italie, Corée).

    Contexte

    L'explosion (1950-2000). La population double en 40 ans (2,5 milliards en 1950, 5 en 1987) sous l'effet de la baisse de la mortalité au Sud (les antibiotiques, le DDT contre le paludisme, les vaccins, l'eau) sans baisse immédiate de la natalité ; la Chine (Mao : « plus on est nombreux, plus on est forts » puis la famine du Grand Bond, 30 à 45 millions de morts, puis l'enfant unique 1979), l'Inde (Nehru et le planning, l'Urgence de 1975-1977 : 8 millions de stérilisations forcées), le Bangladesh (la « corbeille » de Kissinger devenue exemple de baisse de fécondité par les femmes), l'Afrique (la mortalité baisse, la fécondité reste à 6-7) ; la peur occidentale (Ehrlich, la conférence de Bucarest 1974 : « le meilleur contraceptif, c'est le développement » répondent les pays du Sud ; Le Caire 1994 : les droits reproductifs remplacent le contrôle).
    Le ralentissement (2000-2020). La fécondité chute partout (l'Asie de l'Est sous 1,5, le Brésil sous 2, l'Iran de 6 à 1,7 en vingt ans, le Maghreb, le Bangladesh à 2) ; la croissance mondiale passe de 1,4 % à 1 % ; la Chine abandonne l'enfant unique (2016) trop tard ; le vieillissement gagne le Sud (la Chine « vieillit avant d'être riche ») ; l'Afrique reste l'exception (la fécondité passe de 6,5 à 4,5 lentement : les premières baisses en Afrique australe et au Kenya, la stagnation au Sahel) ; 7 milliards en 2011.
    Le basculement (2020-2025). Le Covid (7 millions de morts déclarés, 15 à 20 millions en surmortalité, la première baisse mondiale de l'espérance de vie depuis 1950, retrouvée en 2023), 8 milliards (novembre 2022), la Chine en déclin (2022, une première depuis 1961 ; 9 millions de naissances contre 18 en 2016 ; fécondité à 1,0), l'Inde première (avril 2023), le Japon (-800 000 par an, 30 % de plus de 65 ans), la Corée (0,72), la Russie (le déclin accéléré par la guerre : -500 000 par an, l'émigration), l'Europe (le solde naturel négatif, la croissance par l'immigration seule : l'Allemagne 84 millions grâce aux Ukrainiens), les États-Unis (l'immigration comme moteur, puis les expulsions de Trump 2025), l'Afrique (le Nigeria, la RDC, l'Éthiopie, la Tanzanie : la moitié des naissances mondiales en 2050 seront africaines) ; l'ONU révise à la baisse (le pic à 10,3 au lieu de 10,9 en 2019).
    Demain (2025-2100). Trois certitudes : le monde vieillit (les plus de 65 ans doublent d'ici 2050 : 1,6 milliard), l'Afrique devient le continent des jeunes (l'âge médian de 19 ans, 40 % des moins de 25 ans du monde en 2050), la croissance s'arrête (le pic vers 2080 ou avant) ; trois incertitudes : la fécondité africaine (4,3 vers 2,5 en 2050 ?), la fécondité ultra-basse (remonte-t-elle ?), les migrations (280 millions de migrants, 4 % de l'humanité : vers où ?) ; les enjeux : les ressources, le climat (les émissions viennent des riches, pas des nombreux), la puissance (l'Inde, le Nigeria, l'Indonésie montent ; la Chine, la Russie, l'Europe déclinent), les retraites, la ville.

    Mécanismes

    Où croît la population. La croissance vient de l'inertie démographique (les jeunes générations nombreuses ont des enfants même à fécondité modérée : l'Inde à 2,0 gagne encore 10 millions par an), de l'Afrique subsaharienne (la moitié de la croissance mondiale d'ici 2050), de l'Asie du Sud (Pakistan, Bangladesh) et de la longévité (les vieux vivent plus longtemps : le vieillissement « par le haut ») ; elle décline en Asie de l'Est, en Europe de l'Est, bientôt en Chine et en Europe entière (l'immigration retarde).
    Pourquoi l'Afrique. La transition y a commencé tard (la mortalité a baissé après 1960), la fécondité reste élevée (le mariage précoce, la faible scolarisation des filles au Sahel, la valeur de l'enfant dans l'agriculture, la faiblesse du planning : 25 % de contraception au Niger contre 80 % en Asie), la jeunesse est immense (60 % de moins de 25 ans) ; la « transition » avance (l'Afrique du Sud 2,3, le Kenya 3,2, le Maroc 2,3, l'Éthiopie 4), mais l'inertie garantit le doublement ; le « dividende démographique » (des actifs nombreux, peu de dépendants) est une chance si l'emploi suit, un risque sinon (les migrations, les conflits).
    Pourquoi la Chine décline. L'enfant unique a accéléré la transition (fécondité de 6 en 1965 à 1,5 en 1995), le développement a fait le reste (l'urbanisation, le coût de l'enfant, les femmes diplômées, la « génération couchée ») ; la levée des restrictions (2016, 2021) n'a rien changé ; la population active baisse depuis 2012, les plus de 60 ans sont 300 millions, le « dividende » est passé ; les projections (630 à 800 millions en 2100) menacent le modèle (la croissance par la main-d'œuvre, les retraites) ; Pékin multiplie les primes, allonge les congés, freine le divorce.
    Ce que dit la carte. Le monde de 2050 est asiatique (l'Inde, l'Indonésie, le Pakistan) et africain (le Nigeria, la RDC, l'Éthiopie) ; l'Occident représente 12 % de l'humanité (contre 30 % en 1950) ; les langues (le français : 320 millions, 700 millions en 2050 grâce à l'Afrique), les religions (l'islam rejoint le christianisme vers 2060), les marchés (les consommateurs indiens et africains), les villes (Lagos et Kinshasa devant Paris) ; la démographie est la géopolitique lente.

    Enjeux & débats

    1) Sommes-nous trop nombreux ? Les néo-malthusiens (le climat, la biodiversité, l'eau : 8 milliards dépassent les limites) contre les démographes (la croissance s'arrête d'elle-même, le problème est la consommation : les 10 % les plus riches émettent 50 % du CO₂) ; les projections (le pic vers 2080) montrent que la question de la quantité se règle seule, celle de la répartition non ; la mobilité (« un milliard de migrants climatiques » : chiffre contesté) est la nouvelle peur.
    2) L'Inde va-t-elle profiter de son avance ? 1,46 milliard, la moitié de moins de 25 ans, le « dividende » (la population active la plus nombreuse du monde jusqu'en 2050) ; mais l'emploi (le chômage des jeunes à 25 %, l'informel), la faible participation des femmes (25 %), les inégalités régionales (le Sud a fini sa transition, le Bihar et l'Uttar Pradesh sont à 3) ; l'Inde peut être la Chine de 2040 ou un géant sous-employé ; Modi mise sur le « Viksit Bharat » 2047.
    3) L'Afrique : bombe ou chance ? La bombe (les migrations, les conflits, la pauvreté, le Sahel) selon les alarmistes (Stephen Smith, La Ruée vers l'Europe, 2018 : 150 à 200 millions d'Africains en Europe en 2050, chiffre démenti par les démographes : la migration africaine est d'abord intra-africaine et faible : 3 % des Africains) ; la chance (le dividende, les marchés, l'innovation : le mobile banking, la jeunesse) selon les optimistes ; la réponse dépend de l'éducation des filles (la variable clé) et de l'emploi.
    4) Le déclin chinois change-t-il le monde ? La Chine perdra 400 à 800 millions d'habitants d'ici 2100 ; son modèle (la main-d'œuvre) est fini ; elle vieillit (30 % de plus de 60 ans en 2035) avant d'être riche ; les implications (la croissance, Taïwan : la « fenêtre » avant le déclin ?, l'immigration refusée) ; les optimistes rappellent la productivité, les robots, l'automatisation ; l'Inde remplace la Chine comme « usine » ? Pas encore.
    5) Les projections sont-elles fiables ? L'ONU a révisé à la baisse (10,9 en 2019, 10,4 en 2022, 10,3 en 2024) ; l'IHME prévoit 8,8 milliards en 2100 ; les erreurs viennent de la fécondité (plus rapide à baisser que prévu) et des chocs (le Covid, la guerre) ; les scénarios (une fécondité mondiale à 1,5 en 2100 divise la population par deux tous les 60 ans) montrent que l'inertie joue dans les deux sens ; la seule certitude est le vieillissement.

    Exemples

    • Bucarest (1974) : la première conférence mondiale sur la population ; les Occidentaux veulent le contrôle, l'Inde et l'Algérie répondent : « le meilleur contraceptif, c'est le développement ».
    • L'Urgence indienne (1975-1977) : Sanjay Gandhi impose les stérilisations ; 8 millions en un an ; Indira Gandhi perd les élections de 1977 ; le planning familial devient tabou.
    • La Chine (17 janvier 2023) : le Bureau des statistiques annonce la première baisse de population depuis 1961 (-850 000) ; l'Inde passe devant trois mois plus tard ; les commentateurs : « la fin de l'atelier du monde ».
    • Le Nigeria : 237 millions, 5,1 enfants par femme, 400 millions en 2050, troisième pays du monde ; Lagos 17 millions, 30 millions en 2035 ; « le pays le plus jeune du monde ».
    • La Corée du Sud (0,72) : chaque année, moins d'enfants qu'en 1945 ; Séoul à 0,55 ; les écoles ferment, l'armée manque de soldats, les crèches deviennent des maisons de retraite.
    • Le Japon : 123 millions, 800 000 de moins par an, 30 % de plus de 65 ans, 100 000 centenaires ; les couches pour adultes dépassent les couches pour bébés depuis 2011.
    • Le Covid (2020-2021) : l'espérance de vie mondiale recule de 1,8 an, du jamais vu depuis 1950 ; les États-Unis perdent 2,7 ans ; retour au niveau de 2019 en 2023.
    • Stephen Smith (2018) : La Ruée vers l'Europe prédit 150 à 200 millions d'Africains en Europe en 2050 ; Héran (Collège de France) démonte : la migration africaine est de 3 % et intra-africaine aux deux tiers.

    Pièges & confusions

    • Dire que la Chine est le pays le plus peuplé. L'Inde l'a dépassée en avril 2023 ; la Chine décline.
    • Confondre croissance et fécondité. L'Inde croît à 2,0 enfants par femme grâce à l'inertie ; la fécondité seule ne dit pas la croissance.
    • Croire que l'explosion continue. La croissance est de 0,9 % (2,1 % en 1968) ; le pic est prévu vers 2080.
    • Attribuer le CO₂ aux nombreux. Les émissions viennent des riches ; un Nigérien émet 150 fois moins qu'un Américain.
    • Reprendre les chiffres de Stephen Smith. Démentis par les démographes ; citez Héran.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « Le monde est-il trop peuplé ? », « L'Afrique est-elle l'avenir ? », « La puissance est-elle une question de nombre ? », « Faut-il redouter les migrations ? », « Le développement est-il le meilleur contraceptif ? », « La Chine est-elle en déclin ? ». Fiche de géographie et de géopolitique, à croiser avec les fiches Afrique, Chine, Inde, migrations, climat.
    À l'oral, tenez les grands chiffres (8,2 milliards, les dix premiers pays, les continents, la fécondité par région, l'âge médian, les projections ONU et IHME), la chronologie (1950, 1974, 1979, 2011, 2022, 2023), les mécanismes (inertie, Afrique, Chine), la carte de 2050 et les débats (surpopulation, Inde, Afrique, Chine, projections). Bucarest 1974 et le 17 janvier 2023 sont les dates à raconter.
    Angle d'attaque conseillé : partir du 17 janvier 2023 (la Chine annonce son déclin ; trois mois plus tard, l'Inde est première) : en une saison, le monde a changé de centre démographique, et il faut expliquer pourquoi la Chine décline, pourquoi l'Inde monte et pourquoi le Nigeria suivra.

    Sources

    • ONU, World Population Prospects 2024
    • Gilles Pison, Tous les pays du monde (2024)
    • François Héran, Immigration : le grand déni (2023)
    • IHME, Fertility, mortality, migration, and population scenarios (The Lancet, 2020)
    • Population Reference Bureau, World Population Data Sheet

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