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    Question d'oral

    Peut-on dire que Racine, en respectant les règles, a atteint un idéal de "perfection" que les Grecs eux-mêmes ne cherchaient pas ?

    Réponse d'oral

    Oui, on peut dire que Racine, en respectant les règles du théâtre classique, a atteint un idéal de perfection différent de celui des Grecs, mais non une supériorité sur eux. Cette perfection repose sur la concentration : une action principale, un temps resserré, un lieu unique. S’y ajoutent la vraisemblance et la bienséance : ce qui arrive doit sembler crédible et ne pas choquer les convenances du public. Cependant, les trois unités ne viennent pas toutes directement d’Aristote. Les théoriciens modernes ont transformé ses observations sur la tragédie en prescriptions plus strictes.
    Chez Racine, ces contraintes deviennent une force. Dans Phèdre, créée en 1677, l’action extérieure compte moins que les ravages du désir, de la honte et de la jalousie. La mort violente d’Hippolyte n’est pas montrée : Théramène la raconte. L’horreur passe ainsi par la parole, et la violence des passions contraste avec la maîtrise des alexandrins. Racine reprend un sujet traité par Euripide, mais il l’adapte aux attentes esthétiques et morales de son époque.
    Les Grecs, eux, ne cherchaient pas cette même régularité. Leur théâtre était lié aux fêtes religieuses et à la vie civique ; le chœur y associait parole, chant et danse. Ils recherchaient pourtant aussi une œuvre fortement construite : Aristote admirait précisément l’enchaînement des événements dans Œdipe Roi. Il faut donc parler de deux idéaux artistiques, plutôt que d’un progrès vers une perfection absolue. La réussite de Racine tient moins à l’obéissance aux règles qu’à l’intensité qu’il leur fait produire. Une contrainte artistique vaut-elle alors par sa rigueur ou par la liberté qu’elle rend possible ?