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    Question d'oral

    CRISPR : faut-il parler d’un progrès médical inévitable ou d’une technologie à gouverner politiquement (droit, justice, inégalités) ?

    Réponse d'oral

    CRISPR est un progrès médical prometteur, mais pas inévitable : c’est une technologie à gouverner politiquement, car elle engage le droit, la justice et les inégalités. Cet outil permet de modifier une séquence d’ADN à un endroit ciblé. Il peut donc agir sur la cause génétique de certaines maladies, plutôt que seulement soulager leurs symptômes. En novembre 2023, le Royaume-Uni a autorisé Casgevy, le premier traitement utilisant CRISPR, notamment contre la drépanocytose, une maladie héréditaire du sang. C’est une avancée concrète. Mais une possibilité technique ne devient un progrès humain que si ses bénéfices dépassent ses risques.
    Il faut surtout distinguer deux usages. Modifier des cellules d’un patient pour le soigner n’a pas les mêmes conséquences que modifier un embryon : dans ce second cas, certaines modifications pourraient être transmises aux générations suivantes. En 2018, le chercheur chinois He Jiankui a annoncé la naissance de jumelles dont il avait modifié le génome. Cette expérience a montré l’urgence de règles sur la sécurité, le consentement et l’hérédité. Par ailleurs, les gènes ne déterminent pas seuls les caractères : leur interaction avec l’environnement rend illusoire la fabrication simple d’un enfant « parfait ».
    Enfin, la question centrale est celle de l’accès aux soins. Un traitement très coûteux peut accentuer les écarts entre patients et entre pays. Gouverner CRISPR suppose donc d’évaluer les risques, de fixer des limites et d’organiser un financement équitable. La vraie question devient alors : quels progrès souhaitons-nous rendre accessibles, et au nom de quelle idée de la justice ?