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    Question d'oral

    Faut-il voir dans les grandes lois une « marche du progrès », ou une succession de conflits de valeurs ?

    Réponse d'oral

    Les grandes lois et tournants depuis 1945 sont moins une « marche du progrès » inévitable qu’une succession de conflits de valeurs dont peuvent naître des avancées durables. Une loi tranche entre plusieurs conceptions de la société : liberté individuelle, solidarité, autorité ou égalité. Les ordonnances d’octobre 1945 créant la Sécurité sociale constituent ainsi un progrès majeur de la protection collective. Elles affirment que la maladie ou la vieillesse ne doivent pas laisser chacun seul face aux difficultés. Mais elles soulèvent aussi des désaccords sur le financement et le partage des responsabilités entre l’État, les employeurs et les salariés.
    La loi Veil du 17 janvier 1975 illustre particulièrement cette tension. En dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse sous certaines conditions, elle répond aux drames des avortements clandestins et élargit l’autonomie des femmes. Pourtant, son adoption suscite des débats extrêmement violents : la liberté des femmes se heurte notamment à certaines convictions religieuses et conceptions de la protection de la vie. De même, l’abolition de la peine de mort en 1981, défendue par Robert Badinter, montre qu’une avancée des droits peut être votée malgré une opinion publique majoritairement défavorable.
    Il faut donc distinguer le progrès des droits du simple changement institutionnel. La Constitution de 1958 renforce l’exécutif et stabilise le pouvoir, mais cet équilibre peut être discuté au nom du contrôle parlementaire. Les grandes lois ne suppriment pas les conflits : elles leur donnent une issue politique, parfois révisable. La question reste alors de savoir comment reconnaître un progrès commun dans une société qui ne partage pas toujours les mêmes valeurs.