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Question d'oral
En quoi la BD n'est-elle ni du cinéma ni de la littérature illustrée ?
Réponse d'oral
La bande dessinée n’est ni du cinéma ni de la littérature illustrée, car elle raconte grâce à un langage propre : des images fixes organisées dans l’espace, dont le lecteur construit les relations. Au cinéma, la durée des plans est imposée par la projection. En BD, chacun peut ralentir, revenir en arrière ou regarder toute la planche. Et l’image ne se contente pas d’accompagner un récit écrit : elle raconte elle-même, parfois sans aucun mot. La forme des cases, les bulles et les onomatopées participent pleinement au sens.Ce langage repose notamment sur l’ellipse. Entre deux cases, une partie de l’action manque : au lecteur de la reconstituer. Dans L’Art invisible, paru en 1993, Scott McCloud appelle clôture cette opération mentale. Une case montre quelqu’un qui lance un ballon ; la suivante, une vitre brisée. Sans voir l’impact, nous comprenons ce qui s’est passé. Thierry Groensteen insiste, lui, sur la solidarité iconique : les images prennent sens ensemble. Elles dialoguent avec leurs voisines, mais aussi avec des cases éloignées. Un motif répété peut ainsi relier deux moments d’un album.Les expérimentations formelles rendent cette singularité particulièrement visible. Dans Watchmen, d’Alan Moore et Dave Gibbons, publié en 1986-1987, le cinquième chapitre organise ses pages en miroir autour d’une double page centrale. La mise en page devient une manière de raconter. Dans le manga aussi, plusieurs cases consacrées à un regard peuvent étirer un instant : petites cases ne signifie donc pas forcément lecture rapide. La BD invite finalement à se demander si raconter, c’est seulement enchaîner des événements, ou aussi organiser un regard.
