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    Question d'oral

    Un spectateur silencieux et immobile est-il nécessairement un spectateur passif ?

    Réponse d'oral

    Un spectateur silencieux et immobile n’est pas nécessairement un spectateur passif : au théâtre comme en danse, regarder peut être une véritable activité. Sans bouger ni parler, il observe, ressent, compare et interprète. Un geste de danse peut lui rappeler un souvenir ; un silence entre deux personnages peut lui faire comprendre un conflit. Son implication ne se mesure donc pas seulement à ses réactions visibles. Le spectateur participe aussi en donnant un sens personnel à ce qui se déroule devant lui.
    C’est l’idée du spectateur émancipé, développée par Jacques Rancière dans son ouvrage de 2008. Le public n’a pas besoin d’être transformé en acteur pour penser par lui-même. Chaque personne relie le spectacle à son expérience et peut même comprendre autre chose que ce qu’avait prévu l’artiste. À l’inverse, une participation physique ne garantit pas une pensée active. Dans un spectacle immersif, suivre docilement un parcours imposé peut laisser moins de liberté que regarder une scène depuis son fauteuil. Il faut donc distinguer participation visible et engagement réel.
    Placer le spectateur au cœur du dispositif scénique ne signifie donc pas forcément le faire monter sur scène. Cela peut consister à solliciter son attention, à troubler ses attentes ou à lui laisser une liberté d’interprétation. Bien sûr, le silence peut aussi cacher l’ennui : aucune posture ne prouve à elle seule l’implication. La question devient alors de savoir comment le spectacle ouvre un espace où chacun peut réellement exercer sa liberté.