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    Question d'oral

    Peut-on lire l’Énéide comme une forme de propagande ? Quels indices et quelles limites méthodologiques ?

    Réponse d'oral

    Oui, on peut lire l’Énéide comme une forme de propagande augustéenne, à condition de ne pas la réduire à un message politique dicté par le pouvoir. Virgile compose son épopée entre 29 et 19 avant notre ère, après les guerres civiles qui ont déchiré Rome. Le voyage du Troyen Énée vers l’Italie donne à la puissance romaine une origine prestigieuse et une mission voulue par les dieux. Il éclaire aussi le présent : Auguste apparaît comme celui qui restaure l’ordre après le chaos.
    Les indices sont précis. Au livre VI, Anchise montre à Énée les futurs héros de Rome et annonce Auguste, associé au retour d’un âge d’or. Au livre VIII, le bouclier d’Énée représente la bataille d’Actium, remportée en 31 avant notre ère par Octavien, le futur Auguste, contre Antoine et Cléopâtre. Le conflit devient un affrontement où les dieux soutiennent le vainqueur. Enfin, la filiation d’Énée, fils de Vénus et père d’Ascagne, appelé aussi Iule, fournit à la famille julienne une ascendance divine.
    Mais la prudence méthodologique est essentielle. Le mot « propagande » est moderne : il ne faut pas supposer une commande détaillée ni une réception uniforme chez les lecteurs romains. Une œuvre littéraire ne livre pas directement les intentions de son auteur. Surtout, Virgile montre le prix de la grandeur : Didon abandonnée se tue, et Énée achève Turnus dans un mouvement de colère. Ces scènes compliquent l’éloge sans prouver une opposition cachée à Auguste. Une œuvre peut-elle célébrer un pouvoir tout en révélant les violences sur lesquelles il repose ?