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    Question d'oral

    Que devient la preuve par l'image à l'ère des deepfakes ?

    Réponse d'oral

    À l’ère des deepfakes, la preuve par l’image ne disparaît pas, mais elle ne suffit plus à garantir qu’un événement a réellement eu lieu. Une vidéo peut désormais faire parler une personne sans qu’elle ait prononcé les mots entendus. En mars 2022, une fausse vidéo montrait ainsi le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelant ses soldats à déposer les armes. Le problème n’est donc plus seulement de comprendre ce qu’une image montre : il faut aussi établir comment elle a été produite et diffusée.
    La sémiotique de Peirce aide à comprendre ce changement. Une photographie est une icône, car elle ressemble à son sujet, mais elle peut aussi être un indice, puisqu’elle résulte de la lumière reçue lors d’une prise de vue. Le deepfake conserve la ressemblance, tout en pouvant fabriquer le lien avec l’événement supposé. Il ressemble à une trace, sans prouver la scène représentée. Barthes permet d’ajouter que l’image véhicule des sens associés : un uniforme, un bureau présidentiel ou un drapeau suggèrent l’autorité. Ces signes rendent une falsification crédible, car nous reconnaissons leurs codes.
    Avec Eco, on comprend enfin que lire les signes suppose une interprétation, mais pas une interprétation sans limites. Face à une vidéo suspecte, il faut chercher sa provenance, comparer les versions et croiser les témoignages. La vérification remplace ainsi la confiance immédiate, sans conduire à penser que tout est faux. Car les deepfakes offrent aussi aux responsables un prétexte pour nier des images authentiques. Comment préserver une confiance commune lorsque voir ne suffit plus à croire ?