Charles de Gaulle (1890-1970) : l'homme du 18 Juin et le fondateur de la Ve République

    Biographie
    8 min de lecture1890-1970

    Militaire théoricien du char, ministre inconnu qui refuse l'armistice et parle de Londres le 18 juin 1940, chef de la France libre, libérateur de Paris, démissionnaire en 1946, revenu en 1958 pour fonder la Ve République, artisan de la décolonisation, de la dissuasion nucléaire et de l'indépendance nationale, désavoué par référendum en 1969 : de Gaulle est la figure française du XXe siècle, élu « plus grand Français » en 2005, revendiqué par toute la classe politique. Ses ombres (l'Algérie, Mai 68, le pouvoir personnel) font partie du portrait.

    Définition

    Charles de Gaulle (Lille, 22 novembre 1890 – Colombey-les-Deux-Églises, 9 novembre 1970) est un général, résistant, écrivain et homme d'État français. Repères : Saint-Cyr (1912), blessé et prisonnier à Verdun (1916), Vers l'armée de métier (1934 : la guerre mécanisée, contre la doctrine défensive et la ligne Maginot), colonel commandant la 4e division cuirassée (Montcornet, mai 1940), général de brigade à titre temporaire, sous-secrétaire d'État à la Guerre (5 juin 1940), refus de l'armistice, appel du 18 juin 1940 à la BBC (« la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre »), chef de la France libre (Brazzaville, Bir Hakeim, Jean Moulin et le Conseil national de la Résistance 1943), président du Gouvernement provisoire (1944-1946 : la Libération, le droit de vote des femmes, la Sécurité sociale, les nationalisations), démission (20 janvier 1946), discours de Bayeux (16 juin 1946 : le projet constitutionnel), RPF (1947-1953), « traversée du désert », Mémoires de guerre (1954-1959), retour au pouvoir (13 mai-1er juin 1958, la crise d'Alger), Constitution de la Ve République (4 octobre 1958), premier président (1959), Algérie (« Je vous ai compris » 1958, autodétermination 1959, putsch 1961, accords d'Évian 18 mars 1962, OAS, attentat du Petit-Clamart), élection du président au suffrage universel (référendum du 28 octobre 1962), réconciliation franco-allemande (Élysée 1963), force de frappe nucléaire (1960), reconnaissance de la Chine (1964), sortie du commandement intégré de l'OTAN (1966), « Vive le Québec libre » (1967), vetos au Royaume-Uni, discours de Phnom Penh (1966), réélection au second tour contre Mitterrand (1965), Mai 68 (le départ à Baden-Baden, la dissolution, la victoire électorale), référendum perdu du 27 avril 1969 (régionalisation et Sénat), démission, Mémoires d'espoir, mort le 9 novembre 1970. Marié à Yvonne Vendroux (1921), père d'Anne (trisomique, morte en 1948).
    Concepts gaulliens : la grandeur (« la France ne peut être la France sans la grandeur »), la légitimité (au-dessus de la légalité : 1940), la nation et l'indépendance nationale, le rassemblement (au-dessus des partis), le recours au peuple (référendums), la participation (entre capitalisme et communisme), l'Europe des patries, la « certaine idée de la France ».

    Contexte

    L'officier (1890-1940). Né dans une famille catholique, monarchiste et lettrée, formé par son père professeur ; Saint-Cyr, le 33e RI sous Pétain ; Verdun, trois évasions manquées ; la Pologne (1919-1921), l'École de guerre, le cabinet de Pétain (leur rupture sur un livre) ; le théoricien contesté (Le Fil de l'épée 1932 : le chef ; Vers l'armée de métier 1934 : les blindés, lu par Guderian) ; en mai 1940, ses contre-attaques (Montcornet, Abbeville) sont les rares succès français ; Reynaud le nomme au gouvernement ; il négocie à Londres, s'oppose à l'armistice, s'envole le 17 juin avec Spears.
    Le résistant (1940-1946). Le 18 Juin (peu entendu, réenregistré le 22), condamné à mort par Vichy (2 août 1940), l'Empire (le Tchad d'Éboué), Churchill (« la croix de Lorraine, la plus lourde à porter »), Roosevelt (qui le méprise et lui préfère Giraud), l'unification de la Résistance (Moulin, le CNR 27 mai 1943), le CFLN à Alger, le 6 juin non prévenu, Bayeux (14 juin 1944), la libération de Paris (25 août : « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé, mais Paris libéré » ; les Champs-Élysées le 26), le GPRF (l'ordonnance sur le vote des femmes, la Sécurité sociale, le statut des fonctionnaires, les comités d'entreprise), la démission face au retour des partis (1946).
    Le fondateur (1958-1969). Rappelé par la crise d'Alger (le « 13 mai »), investi par l'Assemblée (1er juin 1958), il fait la Constitution (Debré), tranche l'Algérie (en trompant ceux qui l'ont rappelé : le putsch des généraux, avril 1961, écrasé par un discours télévisé ; Évian ; le million de rapatriés ; les harkis abandonnés), décolonise l'Afrique noire (1960), fonde l'indépendance (la bombe, l'OTAN, la Chine, le Québec, Phnom Penh, le veto britannique), modernise (le plan, le franc de 1960, le Concorde, les autoroutes, l'ORTF), gouverne par la télévision et le référendum ; Mai 68 le surprend (« la réforme oui, la chienlit non »), il rebondit (30 mai) mais perd le référendum de 1969 (52,4 % de non) et s'en va, à Colombey, mourir en écrivant.

    Mécanismes

    La méthode de Gaulle. L'anticipation (le char en 1934, l'issue de la guerre en 1940 : « la France a perdu une bataille, mais la France n'a pas perdu la guerre »), le refus (l'armistice, les partis, l'OTAN, l'Angleterre), le verbe (les discours appris par cœur, la télévision, les conférences de presse), le recours au peuple (quatre référendums gagnés, un perdu), la mise en scène (les voyages, les bains de foule, le silence de Colombey), le calcul (l'Algérie : dire « Je vous ai compris » puis l'autodétermination), le sens de l'État (l'indépendance et la grandeur comme boussoles).
    L'héritage institutionnel. La Ve République (le président élu, le domaine réservé, la dissolution, le référendum, l'article 16, le 49.3 utilisé par ses successeurs) a tenu 67 ans, 8 présidents, 3 cohabitations ; ses successeurs se disent tous gaullistes (Mitterrand a fini par l'être) ; la dissuasion nucléaire, l'indépendance diplomatique (Chirac en 2003), le couple franco-allemand, l'aménagement du territoire (la DATAR) sont ses legs ; la « participation » et l'Europe des patries sont restées des idées.
    Le mythe. Construit par lui-même (les Mémoires : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France »), par Malraux, par les gaullistes, par la République (le 18 Juin fête nationale de fait, le Mémorial de Colombey, le porte-avions, l'aéroport), par les sondages (« plus grand Français », 2005) et par les adversaires convertis ; contesté par les historiens (l'Algérie, les harkis, la « résistancialisme » : Rousso, le mythe d'une France unanimement résistante), par les libéraux (le pouvoir personnel, l'ORTF), par la gauche de 1968 (« dix ans, ça suffit »).

    Enjeux & débats

    1) De Gaulle a-t-il sauvé la France ou sa propre idée de la France ? Sans lui, la France est un pays occupé et vaincu, absent des vainqueurs (Roosevelt voulait l'AMGOT), sans siège à l'ONU ; avec lui, elle est « au rang des vainqueurs » ; mais le « résistancialisme » a masqué Vichy et la collaboration (Rousso, Paxton) jusqu'aux années 1970 ; le débat porte sur la part du mythe nécessaire à la reconstruction.
    2) La Ve République est-elle une monarchie républicaine ? Ses critiques (Mitterrand, Le Coup d'État permanent, 1964 ; la gauche de 1958) contre ses défenseurs (la stabilité après les 24 gouvernements de la IVe) ; Mitterrand a gardé les institutions ; les débats actuels (la VIe République de Mélenchon, la proportionnelle, la crise de 2024-2025 sans majorité) montrent que le régime dépend de la majorité présidentielle que de Gaulle avait créée.
    3) L'Algérie : trahison ou lucidité ? Rappelé pour garder l'Algérie française, il l'a conduite à l'indépendance ; les partisans de l'Algérie française (l'OAS, le Petit-Clamart, Le Pen) parlent de trahison ; les historiens de lucidité (la guerre était perdue, la démographie, la France « ne veut pas devenir Colombey-les-Deux-Mosquées ») ; les harkis (30 000 à 150 000 morts, les camps) et les rapatriés sont ses ombres reconnues (Macron, 2021 : « pardon »).
    4) Le gaullisme existe-t-il encore ? Tous s'en réclament (Chirac, Sarkozy, Macron, Le Pen, Mélenchon sur l'indépendance) ; ses composantes (l'État fort, l'indépendance, la grandeur, le social) sont dispersées ; les historiens (Berstein) parlent d'un gaullisme comme culture politique plus que doctrine ; la question de l'« autonomie stratégique » et de l'OTAN (2025) est la version actuelle.
    5) De Gaulle et les femmes, de Gaulle et le peuple. Le vote des femmes (1944) mais pas de femme ministre avant 1959 (Nafissa Sid Cara) ; le tutoiement refusé, la distance (« la France, c'est moi » selon ses adversaires) ; le référendum de 1969 comme sanction populaire ; l'homme privé (Anne, la fondation) humanise le mythe ; les biographes (Lacouture, Roussel, Jackson) équilibrent.

    Exemples

    • 18 juin 1940 : « Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas » ; peu de Français l'entendent ; le texte est affiché à Londres en juillet.
    • Churchill : « De toutes les croix que j'ai eu à porter, la plus lourde a été la croix de Lorraine ».
    • 25 août 1944, Hôtel de Ville : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » ; il refuse de proclamer la République : « elle n'a jamais cessé d'être ».
    • 4 juin 1958, Alger : « Je vous ai compris » ; la phrase que chacun interprète ; l'autodétermination le 16 septembre 1959.
    • 23 avril 1961 : en uniforme à la télévision contre le putsch : « un quarteron de généraux en retraite » ; les appelés écoutent leurs transistors ; le putsch s'effondre.
    • Petit-Clamart (22 août 1962) : la DS criblée de balles ; « cette fois, c'était tangent » ; Bastien-Thiry fusillé.
    • Mémoires de guerre (1954) : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France… la France ne peut être la France sans la grandeur ».
    • 9 novembre 1970 : mort à Colombey en faisant une réussite ; Pompidou : « Le général de Gaulle est mort, la France est veuve » ; enterré selon ses vœux, sans les officiels, avec les Compagnons.

    Pièges & confusions

    • Dater la Ve République de 1958 sans 1962. La Constitution est de 1958, l'élection du président au suffrage universel de 1962 : deux étapes.
    • Confondre France libre et Résistance intérieure. De Gaulle les unit via Moulin (CNR 1943) ; elles étaient distinctes.
    • Oublier les harkis et les rapatriés. Les ombres de l'Algérie sont attendues.
    • Croire que de Gaulle a quitté l'OTAN. Le commandement intégré (1966), non l'Alliance.
    • Réciter le mythe. Le jury veut Rousso et le résistancialisme, Mitterrand et le coup d'État permanent.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « Un homme peut-il incarner une nation ? », « La légitimité prime-t-elle la légalité ? », « Le refus est-il une vertu ? », « L'indépendance est-elle possible ? », « Faut-il un chef ? », « Le pouvoir personnel est-il démocratique ? ». Figure la plus mobilisable des concours français, à croiser avec les fiches Ve République, Algérie, OTAN.
    À l'oral, tenez les dates (1890, 1934, 18 juin 1940, 1944, 1946, 1958, 1962, 1965, 1968, 1969, 1970), les trois périodes (officier, résistant, fondateur), les concepts (grandeur, légitimité, indépendance, référendum), trois citations, l'héritage institutionnel et les débats (résistancialisme, monarchie républicaine, Algérie). Sachez répondre à « quelles sont ses ombres ? » : l'Algérie et les harkis, le pouvoir personnel, l'ORTF.
    Angle d'attaque conseillé : partir du 18 Juin (un général inconnu, sans troupes, qui parle au nom de la France) pour poser la question de la légitimité contre la légalité (Pétain a le droit, de Gaulle a la légitimité), puis montrer que toute sa carrière (1958, 1962, 1969) rejoue ce rapport direct au peuple.

    Sources

    • Charles de Gaulle, Mémoires de guerre (1954-1959)
    • Jean Lacouture, De Gaulle (3 volumes, 1984-1986)
    • Julian Jackson, De Gaulle. Une certaine idée de la France (2019)
    • Fondation Charles de Gaulle
    • Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy (1987)

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