Les grandes dates de l'histoire de France : la frise à connaître de Clovis à nos jours
Notion
8 min de lecture496 – aujourd'huiQuinze siècles en trente dates : le baptême de Clovis (496), le couronnement de Charlemagne (800), Bouvines (1214), Marignan (1515), l'édit de Nantes (1598), Louis XIV (1661-1715), 1789, Waterloo (1815), 1848, 1870, 1905, 1914-1918, 1940, 1944, 1958, 1968, 1981. Une chronologie est un squelette : elle ne dispense pas de comprendre, mais sans elle rien ne tient. Cette fiche fixe les repères, les régimes successifs et les grands fils (État, nation, religion, révolution) que les autres fiches développent.
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Définition
L'histoire de France s'organise en périodes conventionnelles : le Moyen Âge (de 476 ou 496 à 1492/1453), l'époque moderne (1492-1789), l'époque contemporaine (depuis 1789). Elle se raconte aussi par ses régimes :
- la monarchie capétienne (987-1792), avec ses trois dynasties : Capétiens directs (987-1328), Valois (1328-1589), Bourbons (1589-1792, puis 1814-1830) ;
- la Révolution (1789-1799) et ses régimes (monarchie constitutionnelle, Ire République, Convention, Directoire) ;
- le Consulat et l'Empire (1799-1814/1815) ;
- le XIXe siècle des régimes instables : Restauration (1814-1830), monarchie de Juillet (1830-1848), IIe République (1848-1852), Second Empire (1852-1870) ;
- les Républiques : IIIe (1870-1940), État français de Vichy (1940-1944), Gouvernement provisoire (1944-1946), IVe (1946-1958), Ve (depuis 1958).
Contexte
Du royaume franc à la France capétienne. La Gaule romaine (Alésia, 52 av. J.-C.) devient franque : Clovis est baptisé vers 496-508 (le « premier roi chrétien »), Charles Martel arrête les Arabes à Poitiers (732), Charlemagne est couronné empereur à Rome le 25 décembre 800, l'empire est partagé à Verdun (843, naissance de la Francie occidentale). Hugues Capet élu en 987 fonde la dynastie qui règne 800 ans ; Philippe Auguste gagne Bouvines (1214), Saint Louis (1226-1270) incarne le roi juste, Philippe le Bel affronte le pape et supprime les Templiers (1307). La guerre de Cent Ans (1337-1453) manque de faire disparaître le royaume (Azincourt 1415, traité de Troyes 1420) avant Jeanne d'Arc (Orléans 1429, Reims, bûcher à Rouen 1431) et la victoire de Charles VII. Louis XI achève l'unité (1461-1483).Renaissance et absolutisme. François Ier gagne Marignan (1515), impose le français par l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), accueille Léonard de Vinci. Les guerres de Religion (1562-1598) culminent à la Saint-Barthélemy (24 août 1572) ; Henri IV, converti (« Paris vaut bien une messe »), signe l'édit de Nantes (1598) et est assassiné par Ravaillac (1610). Richelieu (1624-1642) puis Mazarin construisent l'État contre les grands (la Fronde, 1648-1653) ; Louis XIV règne personnellement de 1661 à 1715, s'installe à Versailles (1682), révoque l'édit de Nantes (1685) et mène des guerres incessantes. Louis XV (1715-1774) perd le Canada (traité de Paris, 1763) ; Louis XVI (1774-1792) soutient l'indépendance américaine et convoque les États généraux.Révolution et XIXe siècle. 1789 (5 mai États généraux, 20 juin serment du Jeu de paume, 14 juillet Bastille, 4 août abolition des privilèges, 26 août Déclaration des droits de l'homme), 1792 (10 août chute de la monarchie, 20 septembre Valmy, 21 septembre République), 21 janvier 1793 (exécution de Louis XVI), la Terreur (1793-1794, chute de Robespierre le 9 thermidor, 27 juillet 1794), le Directoire, le 18 brumaire (9 novembre 1799) de Bonaparte. Consulat (Code civil 1804), Empire (sacre 2 décembre 1804, Austerlitz 2 décembre 1805, Russie 1812, Waterloo 18 juin 1815). Restauration (Charte de 1814), les Trois Glorieuses (juillet 1830), Louis-Philippe, la révolution de 1848 (suffrage universel masculin, abolition de l'esclavage), le coup d'État du 2 décembre 1851, le Second Empire (Haussmann, Sedan 2 septembre 1870), la Commune (mars-mai 1871).Les Républiques. La IIIe République (lois constitutionnelles 1875, lois Ferry 1881-1882, affaire Dreyfus 1894-1906, loi de 1905, Grande Guerre 1914-1918 et Verdun 1916, Front populaire 1936), l'effondrement de 1940 (10 juillet, pleins pouvoirs à Pétain), l'appel du 18 juin, Vichy et la collaboration, la Libération (6 juin et 25 août 1944), le vote des femmes (1944-1945), la IVe République (1946), l'Indochine (Diên Biên Phu 1954) et l'Algérie (1954-1962), le retour de de Gaulle et la Ve République (4 octobre 1958, élection au suffrage universel 1962), Mai 68, Pompidou, Giscard (majorité à 18 ans, IVG 1975), 1981 (Mitterrand, abolition de la peine de mort), Maastricht (1992), Chirac (1995), Sarkozy, Hollande, Macron (2017).
Mécanismes
Comment retenir. Par blocs de sens plutôt que par liste : la fondation (496, 800, 987), l'affirmation capétienne (1214, 1270, 1307), la crise et le salut (1415, 1429, 1453), la Renaissance et les guerres de Religion (1515, 1539, 1572, 1598), l'absolutisme (1661, 1682, 1685, 1715), la Révolution (1789, 1792, 1793, 1794, 1799), l'Empire (1804, 1805, 1815), le siècle des révolutions (1830, 1848, 1851, 1870, 1871), la République installée (1875, 1882, 1905), les guerres (1914, 1918, 1940, 1944), la Ve (1958, 1962, 1968, 1981, 1992, 2017). Les dates « en 5 » (1515, 1715, 1815, 1905) et « en 8 » (1848, 1958, 1968) sont des ancrages faciles.Ce que les dates cachent. Une date de bataille (Bouvines) résume une construction (le roi contre les féodaux et l'empereur) ; une date de loi (1905) une histoire longue (le gallicanisme, la Révolution, le Concordat de 1801, l'affaire Dreyfus). Toujours dire ce qui précède et ce qui suit.Les fils rouges. L'État : le domaine royal (987 : Paris et Orléans) devient le territoire national ; les rois créent l'impôt (la taille, 1439), l'armée permanente, l'administration (intendants), que la Révolution nationalise et Napoléon rationalise (préfets, Code civil), et que la République étend (école, protection sociale de 1945). La nation : le sentiment naît à la guerre de Cent Ans (Jeanne d'Arc), s'affirme en 1789 (la nation souveraine), se forge par l'école et l'armée (IIIe République), s'interroge aujourd'hui (immigration, Europe, mémoire). La religion : du sacre à Reims (le roi thaumaturge) à la laïcité, en passant par les guerres de Religion et le Concordat. La révolution : 1789 crée un modèle (les droits, la nation, la République) et une fracture (deux France, la droite et la gauche, nées de la disposition des députés en 1789).
Enjeux & débats
1) Où commence la France ? À Alésia et Vercingétorix (le mythe gaulois de la IIIe République) ? Au baptême de Clovis (la France « fille aînée de l'Église », thèse célébrée en 1996 pour le 1500e anniversaire, contestée par les laïques) ? À Hugues Capet (987, la dynastie) ? Au traité de Verdun (843, le territoire) ? À 1789 (la nation) ? La question est politique : chaque date de naissance choisit une identité. Les historiens (Colette Beaune, Naissance de la nation France) datent le sentiment national du XIVe-XVe siècle.2) Le roman national contre l'histoire critique. Le récit continu et glorieux (Lavisse, le « petit Lavisse » des écoles de la IIIe République) a été déconstruit par les historiens (les Lieux de mémoire de Pierre Nora, 1984-1992, l'Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron, 2017, qui ouvre chaque date sur le monde) ; des voix (Éric Zemmour, certains politiques) réclament son retour. Le débat porte sur la fonction de l'histoire à l'école : transmettre une identité ou apprendre à penser ?3) La France, une exception ? L'absolutisme le plus abouti, la Révolution la plus radicale, l'État le plus centralisé, la laïcité la plus stricte : la France s'est pensée comme modèle et exception (Tocqueville, Furet). Les comparatistes relativisent : d'autres nations ont eu leurs révolutions et leurs centralisations ; la singularité tient au récit qu'elle en fait.4) Les mémoires en conflit. Esclavage (loi Taubira 2001), colonisation et guerre d'Algérie (rapport Stora 2021), Vichy (discours de Chirac au Vel' d'Hiv', 1995), Vendée, Commune : l'histoire de France est l'objet de lois mémorielles et de commémorations disputées. L'État reconnaît (Chirac 1995, Macron sur Maurice Audin 2018) ; les historiens redoutent la judiciarisation de l'histoire (appel « Liberté pour l'histoire », 2005).5) Une histoire sans les femmes et sans les colonies ? Le roman national est masculin (Jeanne d'Arc et quelques reines) et métropolitain ; l'histoire récente réintègre les femmes (Michelle Perrot), les colonies (l'Empire comme partie de la France) et les provinces, ce qui modifie la frise elle-même (1848 est aussi l'abolition de l'esclavage, 1944 le vote des femmes).
Exemples
- 496 (ou 508) : baptême de Clovis à Reims par saint Remi ; célébration nationale et polémique en 1996.
- 25 décembre 800 : Charlemagne couronné empereur par Léon III à Saint-Pierre de Rome, « surpris » selon Éginhard.
- 987 : Hugues Capet élu à Senlis ; les Capétiens règnent sans interruption dynastique jusqu'en 1792.
- 27 juillet 1214 : Bouvines, Philippe Auguste bat l'empereur Otton IV et Jean sans Terre ; Georges Duby en fait « le dimanche de Bouvines ».
- 1515 : Marignan, François Ier ; la date la plus connue des Français selon les sondages.
- 13 avril 1598 : édit de Nantes ; révoqué le 18 octobre 1685 (édit de Fontainebleau).
- 14 juillet 1789 : prise de la Bastille ; fête nationale depuis 1880 (en référence aussi à la fête de la Fédération du 14 juillet 1790).
- 2 décembre : sacre de Napoléon (1804), Austerlitz (1805), coup d'État de Louis-Napoléon (1851) : la date de la famille Bonaparte.
- 18 juin 1940 : appel du général de Gaulle à la BBC ; 4 octobre 1958 : Constitution de la Ve République ; 10 mai 1981 : élection de François Mitterrand.
Pièges & confusions
- Réciter sans relier. Une date sans cause ni conséquence ne vaut rien à l'oral ; associez toujours un avant et un après.
- Confondre les régimes du XIXe siècle. Restauration (Louis XVIII, Charles X), monarchie de Juillet (Louis-Philippe), IIe République, Second Empire : quatre régimes en 56 ans.
- Dater la République de 1789. La Ire République est proclamée le 21 septembre 1792 ; 1789 est une monarchie constitutionnelle.
- Croire que 1905 crée la laïcité. Elle la codifie ; l'école laïque date de 1882, le mot de la Révolution.
- Oublier les colonies et les femmes dans la frise. 1848 (abolition), 1944 (vote des femmes), 1962 (Évian) sont des dates nationales.
Usage concours / oral
Sujets où mobiliser cette fiche : « Qu'est-ce qu'une nation ? », « L'histoire est-elle un roman ? », « La France est-elle une exception ? », « Faut-il des lois mémorielles ? », « À quoi sert l'enseignement de l'histoire ? ». La fiche est le socle chronologique de tout le thème ; le jury vérifiera que les dates sont sues et comprises.À l'oral, ne récitez jamais la frise : choisissez un fil (l'État, la nation, la religion, la révolution) et trois ou quatre dates qui le tiennent, en disant pour chacune la cause et l'effet. Ayez toujours en réserve la question piège : « Où commence la France ? » et ses cinq réponses possibles. Le débat roman national/histoire critique (Lavisse contre Nora et Boucheron) est attendu à Sciences Po.Angle d'attaque conseillé : partir de la date préférée des Français (1515) pour montrer qu'une date célèbre peut être secondaire (Marignan est une victoire sans lendemain) et qu'une date oubliée (843) peut être fondatrice.
Sources
Questions d'oral
1Où commence l'histoire de France, et pourquoi la question est-elle politique ?2Quelles sont les trois dynasties capétiennes et leurs dates ?3Pourquoi le 14 juillet est-il la fête nationale ?4Quels régimes se succèdent entre 1814 et 1870 ?5Qu'est-ce que le roman national et pourquoi est-il débattu ?
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