Le siècle des révolutions (1815-1871) : Restauration, 1830, 1848, Second Empire et Commune
Événement
8 min de lecture1815-1871En 56 ans, la France change cinq fois de régime : deux monarchies (Restauration 1814-1830, monarchie de Juillet 1830-1848), une république (1848-1852), un empire (1852-1870), une république encore (1870). Trois révolutions parisiennes (1830, 1848, 1871) et un coup d'État (1851) rythment la recherche d'un régime stable, tandis que la révolution industrielle, le suffrage universel (1848), Haussmann et la question sociale transforment le pays. La Commune (1871) clôt ce cycle dans le sang.
Ressources
Résumé vidéo
Podcast
0:0010:31
Définition
Les régimes et leurs textes :
- la Restauration (1814-1830) : Louis XVIII puis Charles X, Charte de 1814 « octroyée » (monarchie constitutionnelle, Chambre des pairs et des députés, suffrage censitaire de 100 000 électeurs) ; les ultras contre les libéraux ;
- la monarchie de Juillet (1830-1848) : Louis-Philippe Ier, « roi des Français », Charte révisée, drapeau tricolore, suffrage censitaire élargi (250 000 électeurs) ; le « juste milieu », Guizot (« enrichissez-vous ») ;
- la IIe République (1848-1852) : suffrage universel masculin (9 millions d'électeurs), abolition de l'esclavage (27 avril 1848, Schœlcher), ateliers nationaux, journées de juin, élection de Louis-Napoléon Bonaparte président (10 décembre 1848), coup d'État du 2 décembre 1851 ;
- le Second Empire (1852-1870) : Napoléon III, empire autoritaire puis libéral (1860-1870), plébiscites, prospérité, Haussmann, guerres (Crimée, Italie, Mexique), Sedan (2 septembre 1870) ;
- la IIIe République proclamée le 4 septembre 1870, siège de Paris, armistice (janvier 1871), traité de Francfort (perte de l'Alsace-Moselle), Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871).
Contexte
Restauration. Louis XVIII, frère de Louis XVI, revient « dans les fourgons de l'étranger » (1814, puis 1815 après les Cent-Jours) ; la Terreur blanche frappe les bonapartistes (maréchal Ney fusillé) ; la Chambre « introuvable » ultra est dissoute ; le régime oscille entre libéraux (Constant, Guizot) et ultras (Villèle). Charles X (1824-1830), sacré à Reims, restaure l'esprit d'Ancien Régime (milliard des émigrés, loi sur le sacrilège), prend Alger (juillet 1830) et signe les quatre ordonnances (25 juillet 1830) qui suspendent la presse et dissolvent la Chambre : les Trois Glorieuses (27-29 juillet) le renversent en trois jours de barricades (La Liberté guidant le peuple de Delacroix).Monarchie de Juillet. Les libéraux (Thiers, Laffitte) imposent Louis-Philippe d'Orléans, « roi-citoyen » en parapluie ; le régime est bourgeois, pacifique, répressif (insurrections des canuts lyonnais 1831 et 1834, massacre de la rue Transnonain, lois de septembre 1835 contre la presse après l'attentat de Fieschi) et immobile : Guizot refuse d'élargir le suffrage ; la campagne des banquets (1847-1848) et la crise économique aboutissent à la révolution de février 1848 (22-24 février), presque sans résistance.IIe République. Le Gouvernement provisoire (Lamartine, Ledru-Rollin, Louis Blanc, l'ouvrier Albert) proclame le suffrage universel masculin, abolit l'esclavage et la peine de mort en matière politique, crée les ateliers nationaux ; leur fermeture provoque les journées de juin (23-26 juin 1848, 4 000 morts, Cavaignac, Tocqueville y voit la lutte des classes) ; la Constitution crée un président élu au suffrage universel : Louis-Napoléon l'emporte avec 74 % (10 décembre 1848), la loi du 31 mai 1850 restreint le suffrage, et le 2 décembre 1851 le prince-président fait son coup d'État (Hugo part en exil, Napoléon le Petit) ; l'Empire est rétabli le 2 décembre 1852.Second Empire. Décennie autoritaire (presse muselée, candidats officiels, déportations), puis libéralisation (droit de grève 1864, presse 1868, empire parlementaire d'Émile Ollivier 1870) ; prospérité (chemins de fer, Crédit mobilier, grands magasins, Suez 1869, traité de libre-échange avec l'Angleterre 1860, Expositions universelles 1855 et 1867), Haussmann transforme Paris (1853-1870 : boulevards, égouts, parcs, annexion des communes), politique extérieure ambitieuse (Crimée 1854-1856, Italie 1859 avec Nice et la Savoie, Mexique 1862-1867, échec) ; la guerre contre la Prusse (dépêche d'Ems, 19 juillet 1870) finit à Sedan. La République est proclamée le 4 septembre ; Paris assiégé capitule ; l'Assemblée élue en février 1871 est monarchiste et signe la paix ; Paris se soulève le 18 mars 1871 (les canons de Montmartre) : la Commune (élections, mesures sociales, drapeau rouge, séparation de l'Église et de l'État) est écrasée par les Versaillais pendant la Semaine sanglante (21-28 mai) : 10 000 à 20 000 morts, le mur des Fédérés, 40 000 arrestations, déportations en Nouvelle-Calédonie (Louise Michel).
Mécanismes
Pourquoi tant d'instabilité ? Le pays cherche un compromis entre les principes de 1789 (souveraineté nationale, égalité) et le besoin d'ordre ; chaque régime satisfait un camp et exclut les autres (les ultras, la bourgeoisie censitaire, le peuple, les bonapartistes) ; Paris, ville insurrectionnelle, renverse ce que la province (rurale, conservatrice) élit. La solution (une république conservatrice acceptée par tous) n'est trouvée qu'après 1875.Le suffrage. Censitaire (100 000 puis 250 000 électeurs), il est le verrou de la monarchie de Juillet (« Enrichissez-vous et vous serez électeurs ») ; universel masculin en 1848, il donne d'abord la majorité aux conservateurs (le « parti de l'Ordre ») et plébiscite Louis-Napoléon : l'apprentissage du suffrage universel (Maurice Agulhon : la République au village, la « descente de la politique vers les masses ») prend deux décennies.La question sociale. L'industrialisation (charbon, textile, chemins de fer : 3 000 km en 1850, 17 000 en 1870) crée le prolétariat (les canuts, les enfants des filatures : loi de 1841 sur le travail des enfants, 8 ans) ; les socialismes « utopiques » (Saint-Simon, Fourier, Cabet), Proudhon (« la propriété, c'est le vol »), Louis Blanc (le droit au travail), puis Marx (Le Manifeste, 1848, en exil à Paris) ; juin 1848 et la Commune sont les deux moments où la question sociale devient guerre civile.Paris transformé. Haussmann rase le Paris médiéval, perce 165 km de voies, double la surface bâtie, dote la ville d'eau, d'égouts, de gaz, de parcs (Buttes-Chaumont, Boulogne), d'immeubles uniformes ; motifs hygiéniques, économiques, esthétiques et militaires (les boulevards contre les barricades) ; les pauvres sont repoussés vers l'est et la banlieue : la géographie sociale de Paris date de là.
Enjeux & débats
1) 1830 : révolution confisquée ? Le peuple se bat, la bourgeoisie orléaniste en recueille le fruit (« le roi des Français », mais censitaire) ; la République est écartée par La Fayette qui embrasse Louis-Philippe. La lecture républicaine (Michelet, Hugo dans Les Misérables avec l'insurrection de 1832) en fait une occasion manquée ; la lecture libérale, un compromis raisonnable.2) Juin 1848 : lutte des classes ? Tocqueville (« la plus grande et la plus singulière insurrection de notre histoire ») et Marx (Les Luttes de classes en France) y voient le premier affrontement ouvert entre bourgeoisie et prolétariat ; les historiens nuancent (les insurgés sont des artisans, les répresseurs aussi) mais la fracture de juin explique la peur sociale et le succès bonapartiste.3) Napoléon III : « Napoléon le Petit » ou modernisateur ? La légende noire (Hugo, Zola, la IIIe République) l'a réduit à un dictateur ridicule ; l'historiographie récente (Éric Anceau, Pierre Milza) réhabilite le saint-simonien couronné : industrialisation, libre-échange, Haussmann, droit de grève, Nice et la Savoie, libéralisation finale. Sedan et le Mexique pèsent contre lui.4) La Commune : première révolution prolétarienne ou dernière révolution parisienne ? Marx (La Guerre civile en France) et Lénine y voient le premier gouvernement ouvrier, modèle des soviets ; les historiens (Jacques Rougerie) y voient plutôt la dernière insurrection de la tradition sans-culotte, patriote et républicaine, avec des mesures sociales limitées par le temps (72 jours). Sa mémoire (le mur des Fédérés, le Temps des cerises) est celle de la gauche ; sa répression (la plus meurtrière de l'histoire de France en une semaine) hante la IIIe République naissante.5) Paris contre la province. Chaque révolution parisienne est défaite par un vote provincial (1848, 1871) ; Haussmann et Thiers construisent un Paris qu'on ne peut plus insurger et une République qui gouverne depuis la province (Versailles jusqu'en 1879). La question du poids de Paris dans la politique française vient de ce siècle.
Exemples
- Les quatre ordonnances (25 juillet 1830) : Charles X part chasser à Rambouillet ; « la Restauration a péri par la liberté de la presse » (Chateaubriand).
- *La Liberté guidant le peuple* (Delacroix, 1831) : « je n'ai pas vaincu pour la patrie, du moins peindrai-je pour elle » ; tableau caché sous Louis-Philippe.
- Les canuts (1831) : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » ; Lyon occupée par les ouvriers de la soie ; première grande insurrection ouvrière.
- La rue Transnonain (avril 1834) : le massacre d'une famille par la troupe, lithographie de Daumier ; les lois de septembre 1835 interdisent la caricature politique.
- Février 1848 : Lamartine repousse le drapeau rouge à l'Hôtel de Ville ; Tocqueville avait prévenu en janvier : « nous dormons sur un volcan ».
- 2 décembre 1851 : Baudin tué sur une barricade (« vous allez voir comment on meurt pour 25 francs par jour ») ; Hugo, Les Châtiments.
- Haussmann : 20 000 immeubles démolis, 40 000 construits ; l'Opéra Garnier (1875) ; Zola, La Curée ; « Paris est une ville où l'on ne peut plus faire de barricades ».
- La Semaine sanglante (21-28 mai 1871) : les Tuileries et l'Hôtel de Ville incendiés, le mur des Fédérés au Père-Lachaise (147 fusillés) ; Louise Michel déportée ; amnistie en 1880.
Pièges & confusions
- Confondre les deux Chartes et les deux monarchies. Charte octroyée de 1814 (Louis XVIII, Charles X), Charte révisée de 1830 (Louis-Philippe, orléanisme).
- Croire que le suffrage universel de 1848 est démocratique au sens actuel. Masculin, et immédiatement restreint (1850) ; les femmes votent en 1944.
- Dater le Second Empire de 1851. Le coup d'État est de 1851, l'Empire de 1852 (2 décembre, encore).
- Réduire Napoléon III à Hugo. L'historiographie récente est plus équilibrée ; citez Haussmann, Suez, le droit de grève.
- Oublier que la IIIe République naît en 1870, pas en 1875. Proclamée le 4 septembre 1870, elle n'est constitutionnalisée qu'en 1875.
Usage concours / oral
Sujets où mobiliser cette fiche : « Une révolution peut-elle réussir ? », « L'ordre ou la liberté ? », « Le peuple a-t-il toujours raison ? », « La ville est-elle un lieu politique ? », « La lutte des classes existe-t-elle ? », « Faut-il des compromis ? ». Fiche à relier au romantisme (Hugo, Delacroix), à Tocqueville et Marx, à l'urbanisme.À l'oral, tenez les cinq régimes avec leurs dates et leur base sociale, les trois révolutions parisiennes et leur issue, le suffrage (censitaire, universel 1848), Haussmann, la Commune (72 jours, Semaine sanglante). Les citations de Tocqueville (volcan, juin 1848) et de Guizot (« enrichissez-vous ») sont attendues. Pour Sciences Po, le débat sur Napoléon III et celui sur la Commune sont les plus riches.Angle d'attaque conseillé : partir du 2 décembre (1804, 1851, 1852 : la date bonapartiste) pour montrer comment le bonapartisme se rejoue et pourquoi la France oscille entre révolution et ordre.
Sources
Questions d'oral
1Pourquoi la France change-t-elle cinq fois de régime entre 1814 et 1870 ?2Que sont les Trois Glorieuses et qui en profite ?3Pourquoi les journées de juin 1848 sont-elles un tournant ?4Comment Louis-Napoléon Bonaparte devient-il empereur ?5Quel bilan tirer du Second Empire ?
+ 2 autres questions
Continuez votre exploration
Fiches du même thème
- De Gaulle et la Ve République : de 1958 à nos jours, un régime et ses présidents8 min
- La Révolution française (1789-1799) : de la Bastille à Brumaire8 min
- Louis XIV et l'absolutisme : Versailles, l'État et le Roi-Soleil8 min
- Vichy, la Résistance et la Libération (1940-1945) : les années noires et leur mémoire8 min
