Les migrations internationales : 300 millions de migrants, causes, routes et politiques

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    8 min de lecture1850 – aujourd'hui

    300 millions de personnes vivent hors de leur pays de naissance (3,7 % de l'humanité, une proportion stable depuis un siècle) ; 120 millions sont déplacées de force ; 2 000 à 3 000 meurent chaque année en Méditerranée. Les migrations suivent des routes (Sud-Nord, Sud-Sud surtout, les Golfe, les États-Unis, l'Europe), des causes (le travail, la famille, les études, la guerre, le climat) et des politiques (le visa, la frontière, l'asile, le mur). De l'émigration européenne du XIXe siècle aux crises de 2015 et aux déportations de Trump, cette fiche donne les chiffres, les mécanismes et les débats d'une question devenue centrale.

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    Définition

    Un migrant international est une personne qui vit dans un pays autre que celui de sa naissance (définition ONU) : 304 millions en 2024 (3,7 % de la population mondiale ; 2,8 % en 1970, 3,4 % en 2015 : la proportion est stable, le nombre croît avec la population) ; 52 % d'hommes ; 70 % en âge de travailler ; répartition : Europe 87 millions (l'Allemagne 16 millions, la France 9 en comptant les nés à l'étranger, le Royaume-Uni 10), Asie 86 (les Golfe : 30 millions ; l'Arabie saoudite 13, les Émirats 9 : 88 % de la population), Amérique du Nord 61 (les États-Unis 52 millions, le premier pays d'accueil, 15 % de la population), Afrique 26, Amérique latine 16, Océanie 10 ; les premiers pays d'origine : l'Inde (18 millions), le Mexique (11), la Russie (11), la Chine (11), la Syrie (8), le Bangladesh, le Pakistan, l'Ukraine (6), les Philippines, l'Afghanistan ; les migrations Sud-Sud (l'Afrique de l'Ouest, l'Asie du Sud vers le Golfe, le Venezuela vers la Colombie : 3 millions) égalent les Sud-Nord ; les transferts de fonds (remittances) : 900 milliards de dollars (2024), trois fois l'aide au développement (l'Inde reçoit 130 milliards, le Mexique 65).
    Les déplacés de force (HCR 2024) : 123 millions (record) dont 43 millions de réfugiés (Convention de 1951 : persécution, non-refoulement ; Syrie 6 millions, Afghanistan 6, Ukraine 6, Soudan 2, Venezuela 5 en « besoin de protection »), 73 millions de déplacés internes (Soudan 12 millions, RDC 7, Syrie, Ukraine), 8 millions de demandeurs d'asile ; 75 % accueillis dans des pays en développement (Iran 4 millions, Turquie 3, Colombie 3, Allemagne 3, Ouganda 2) ; les déplacements climatiques (32 millions en 2023, presque tous internes et temporaires : inondations, cyclones ; la Banque mondiale prévoit 216 millions de déplacés internes en 2050). Catégories de motifs (titres de séjour en Europe) : le travail (40 %), la famille (30 %), les études (15 %), l'humanitaire (15 %) ; en France : 336 000 premiers titres en 2024 (étudiants 105 000, famille 90 000, travail 55 000, humanitaire 45 000), 150 000 demandes d'asile (35 % acceptées). Vocabulaire : émigration/immigration, solde migratoire, diaspora, regroupement familial, asile, Dublin, Schengen, Frontex, externalisation, régularisation, sans-papiers (600 000 à 900 000 en France ; 11 millions aux États-Unis), expulsion/déportation, quota, brain drain (la fuite des cerveaux : 40 % des médecins africains exercent à l'étranger), migration circulaire, migration de remplacement.

    Contexte

    L'âge des migrations européennes (1850-1914). 60 millions d'Européens partent vers les Amériques, l'Australie, l'Algérie (les Irlandais de la famine, les Italiens, les Allemands, les Juifs de l'Est fuyant les pogroms ; Ellis Island 1892-1954 : 12 millions) ; la France, à l'inverse, importe (les Belges, les Italiens : 1 million d'étrangers en 1911) ; les premières lois restrictives (les États-Unis : Chinese Exclusion Act 1882, quotas 1924 ; la France : la carte d'identité d'étranger 1917).
    Les Trente Glorieuses (1945-1974). L'Europe recrute (les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Yougoslaves, les Turcs en Allemagne : le Gastarbeiter, les Algériens, Marocains, Tunisiens en France, les Antillais et Indiens au Royaume-Uni), les décolonisations déplacent (les pieds-noirs 1962 : 1 million, les harkis, les Indiens d'Ouganda 1972) ; la crise de 1973 ferme les frontières au travail (la France 1974, l'Allemagne 1973) et ouvre le regroupement familial : l'immigration devient familiale, féminine, permanente ; les banlieues, la « seconde génération », la Marche des beurs (1983).
    La mondialisation (1990-2015). La chute du Mur (l'émigration de l'Est : les Polonais, les Roumains), Schengen (1995), les boat people puis les pateras, Lampedusa, la Méditerranée (30 000 morts depuis 2000), les Latinos aux États-Unis (11 millions de sans-papiers, le mur de Bush), les Philippines et l'Asie du Sud vers le Golfe (le système de la kafala, les 6 500 morts sur les chantiers du Qatar selon The Guardian), les étudiants (6 millions, la Chine première), les réfugiés (l'Afghanistan, l'Irak, la Somalie) ; la migration devient le premier sujet politique en Europe (Le Pen 2002, le Danemark, les Pays-Bas).
    Les crises (2015-2025). La Syrie (1,3 million de demandes d'asile en Europe en 2015, Merkel, la clôture hongroise, l'accord UE-Turquie 2016 : fiche UEUR-006), le Venezuela (8 millions partis, la plus grande crise des Amériques), les Rohingyas (2017, 1 million au Bangladesh), l'Afghanistan (2021), l'Ukraine (2022 : 6 millions en Europe, accueillis sans procédure : la « protection temporaire », le contraste avec 2015), le Soudan (2023 : 12 millions de déplacés, la pire crise humanitaire), Gaza (2 millions déplacés à l'intérieur), la Manche (les small boats : 45 000 en 2022, 37 000 en 2024, les morts), le Pacte européen (2024), l'externalisation (le Rwanda britannique abandonné 2024, l'Albanie italienne 2024, la Tunisie, la Libye, la Mauritanie), les États-Unis (Biden : 2,5 millions d'entrées irrégulières par an au pic ; Trump II : la frontière fermée, les déportations promises à un million par an, l'ICE, les raids, l'Alien Enemies Act, le Salvador et sa prison, la Garde nationale à Los Angeles 2025, la fin du droit du sol contestée en justice) ; la France (la loi de janvier 2024, les régularisations « métiers en tension », Mayotte, l'OQTF après Philippine et Mulhouse : le débat sur l'exécution) ; les Golfe (les Indiens, les Népalais : 40 % des migrants asiatiques).

    Mécanismes

    Pourquoi on migre. Les facteurs de départ (push : le chômage, la guerre, la persécution, le climat, la pauvreté relative) et d'attraction (pull : les salaires, cinq à dix fois plus élevés, la sécurité, les réseaux, les études) ; les réseaux (on migre là où sont les siens : les Maliens de Kayes en France, les Mexicains de Zacatecas en Californie) ; la « bosse migratoire » (le développement augmente d'abord la migration : les plus pauvres ne partent pas, faute de moyens ; le Niger émigre moins que le Maroc) ; la démographie (les jeunes d'Afrique face aux vieux d'Europe) et l'économie (les métiers en tension : le bâtiment, le soin, l'agriculture) ; le climat déplace surtout à l'intérieur des pays.
    Comment on migre. Légalement (les visas : 85 % des migrants ; les étudiants, les familles, les travailleurs, les réfugiés réinstallés) ou irrégulièrement (les passeurs : un marché de 10 milliards ; les routes : la Méditerranée centrale depuis la Libye et la Tunisie, l'Atlantique vers les Canaries, les Balkans, la Manche, le Darién entre la Colombie et le Panama : 500 000 en 2023, le Mexique) ; la plupart des sans-papiers sont entrés légalement et ont dépassé leur visa (overstayers) ; les morts (2 000 à 3 000 par an en Méditerranée, 70 000 dans le monde depuis 2014 selon l'OIM).
    Ce que fait la migration aux pays d'accueil. L'économie (les études : effet faible sur les salaires des natifs, positif sur la croissance, neutre à légèrement positif sur les finances publiques ; les immigrés occupent les emplois délaissés ; la France : 25 % des médecins hospitaliers diplômés à l'étranger), la démographie (le rajeunissement limité, la fécondité), la société (les quartiers, l'intégration : la deuxième génération française réussit scolairement comme les natifs à origine sociale égale, mais subit les discriminations à l'embauche), la politique (le vote nationaliste, la polarisation) ; aux pays d'origine : les transferts (900 milliards), le brain drain, les diasporas.
    Comment on gère. Le contrôle des frontières (Frontex, le mur américain 1 100 km, les clôtures hongroise, polonaise, la Manche), les visas et quotas (le Canada : 500 000 par an choisis par points ; l'Australie), l'asile (Dublin, les procédures, les 35 % d'acceptation en France, les OQTF exécutées à 10 %), l'externalisation (payer la Turquie, la Libye, la Tunisie, le Rwanda), la régularisation (l'Espagne 2005 et 2025 : 900 000 ; l'Italie ; la France par circulaires), l'intégration (la langue, l'école, le logement), le retour (les aides, les expulsions : 1 million promis par Trump).

    Enjeux & débats

    1) Y a-t-il une « crise migratoire » ? La proportion de migrants est stable (3,7 %), les flux vers l'Europe sont modestes (1 % de la population par an), les déplacés sont surtout au Sud (75 %) ; la « crise » est celle de l'accueil (2015) et de la perception (les images, les faits divers, les partis) ; les réalistes (Héran, Wihtol de Wenden) contre les alarmistes (Smith, Zemmour) ; les faits : l'Europe vieillissante a besoin de main-d'œuvre, l'opinion veut la fermeture ; le paradoxe structure la politique.
    2) Ouvrir ou fermer les frontières ? Les libéraux (Caplan, Clemens : ouvrir doublerait le PIB mondial ; la libre circulation comme droit) contre les souverainistes (la nation, le contrôle, l'identité) et les sociaux-démocrates (l'État-providence suppose des frontières : Collier, Exodus) ; les politiques réelles sont intermédiaires (les quotas, les points, le travail choisi) ; le débat porte sur le « qui » (les diplômés, les réfugiés, les familles) et le « combien » ; l'Europe manque de 1 million de travailleurs par an, expulse et régularise en même temps.
    3) L'asile est-il détourné ? 150 000 demandes en France, 35 % acceptées : les « faux réfugiés » selon la droite, les « vrais persécutés rejetés » selon les ONG ; le système (Dublin, les délais de 18 mois, les déboutés non expulsés) est jugé inefficace par tous ; le Pacte de 2024 filtre aux frontières ; l'externalisation (le Rwanda, l'Albanie) pose la question du non-refoulement ; l'Ukraine (protection immédiate) a montré qu'une autre politique est possible, et le deux poids deux mesures.
    4) Migration et climat. Les projections (216 millions de déplacés internes en 2050, Banque mondiale ; le chiffre de « 1 milliard de réfugiés climatiques » est fantaisiste) ; les déplacés climatiques ne sont pas des réfugiés au sens de 1951 (pas de persécuteur) ; les petites îles (Tuvalu et l'accord avec l'Australie, 2023 : le premier « visa climatique »), le Sahel, le Bangladesh ; le débat sur un statut (refusé par les États) et sur la responsabilité (les riches émettent, les pauvres se déplacent).
    5) Trump et la déportation de masse. Un million d'expulsions par an promises (Biden en faisait 300 000 ; Obama 400 000 au pic), l'ICE renforcée (75 milliards), les raids (Los Angeles, juin 2025, la Garde nationale), le Salvador (les Vénézuéliens envoyés au CECOT sans procès), la fin du droit du sol (décret contesté, Cour suprême), la baisse des passages (90 % à la frontière) ; les effets (l'agriculture, le bâtiment, les prix, les familles, les tribunaux) ; l'Europe observe (les « hubs de retour », la « défense » des frontières comme priorité) ; la question de l'État de droit face à la volonté majoritaire.

    Exemples

    • Ellis Island (1892-1954) : 12 millions d'immigrants ; 2 % refoulés ; 40 % des Américains ont un ancêtre passé par là ; « Donnez-moi vos masses fatiguées » (Emma Lazarus, la statue de la Liberté).
    • La Marche des beurs (1983) : de Marseille à Paris, 100 000 personnes à l'arrivée ; Mitterrand accorde la carte de dix ans ; SOS Racisme naît en 1984.
    • Aylan Kurdi (2 septembre 2015) : l'enfant syrien sur la plage de Bodrum ; la photo qui ouvre l'Allemagne ; 890 000 arrivées en 2015.
    • Le Darién (2023) : 520 000 personnes traversent la jungle entre la Colombie et le Panama (Vénézuéliens, Haïtiens, Chinois) ; quasi-arrêt en 2025 après la fermeture américaine.
    • Lampedusa (3 octobre 2013) : 368 morts au large de l'île ; l'Italie lance Mare Nostrum ; 30 000 morts en Méditerranée depuis 2000 (OIM).
    • La Manche (24 novembre 2021) : 27 morts dans un naufrage ; 45 000 traversées en 2022 ; le plan Rwanda britannique (2022-2024), abandonné par Starmer ; « un sur un » avec la France (2025).
    • Ukraine (mars 2022) : 6 millions de réfugiés en trois mois ; la directive de protection temporaire de 2001 activée pour la première fois ; l'Allemagne 1,2 million, la Pologne 1 million.
    • Los Angeles (juin 2025) : les raids de l'ICE, les manifestations, Trump envoie 4 000 gardes nationaux et 700 marines contre l'avis du gouverneur ; « une ville occupée » selon Newsom.

    Pièges & confusions

    • Croire que les migrants sont surtout Sud-Nord. Les migrations Sud-Sud sont aussi nombreuses ; 75 % des réfugiés sont au Sud.
    • Confondre migrant, réfugié, demandeur d'asile, sans-papiers. Quatre statuts distincts : le jury les attend.
    • Parler de « réfugiés climatiques ». Pas de statut juridique ; les déplacements climatiques sont internes et temporaires.
    • Reprendre les chiffres de la « submersion ». 3,7 % de migrants dans le monde, stable ; 10 % en France, dans la moyenne européenne.
    • Ignorer les remittances. 900 milliards, trois fois l'aide : le premier flux financier Nord-Sud.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « Faut-il des frontières ? », « L'accueil est-il un devoir ? », « La nation est-elle ouverte ? », « Peut-on choisir ses immigrés ? », « Le climat va-t-il déplacer l'humanité ? », « L'étranger est-il une menace ? ». Fiche centrale pour l'actualité (Trump, Pacte européen, loi française), à croiser avec les fiches Schengen, HCR, Mayotte, droit d'asile.
    À l'oral, tenez les chiffres (304 millions, 3,7 %, 123 millions de déplacés, 43 millions de réfugiés, 900 milliards de transferts, la France : 336 000 titres, 150 000 demandes d'asile), les définitions, les périodes (1850, 1945-1974, 1990, 2015, 2022, 2025), les mécanismes (push-pull, réseaux, bosse migratoire), les politiques (Frontex, Dublin, externalisation, points) et les débats (crise, frontières, asile, climat, Trump). Aylan Kurdi et Los Angeles sont les images ; Héran la référence.
    Angle d'attaque conseillé : partir de deux accueils (2015 : la Syrie, la clôture hongroise, les quotas refusés ; 2022 : l'Ukraine, 6 millions accueillis en trois mois sans procédure) pour montrer que la « crise migratoire » est une crise de la volonté d'accueil, non du nombre, puis dérouler les chiffres et les politiques.

    Sources

    • OIM, Rapport sur l'état de la migration dans le monde 2024
    • HCR, Tendances mondiales 2024
    • François Héran, Immigration : le grand déni (2023)
    • Catherine Wihtol de Wenden, Atlas des migrations
    • Ministère de l'Intérieur, Les chiffres clés de l'immigration (annuel)

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