Urbanisation et mégapoles : 58 % d'urbains, Lagos, Delhi et la ville du XXIe siècle
Notion
8 min de lecture1800 – 2050En 1800, 3 % des humains vivaient en ville ; en 2007, la moitié ; en 2050, 68 %. Trente mégapoles dépassent 10 millions d'habitants (Tokyo 37, Delhi 34, Shanghai 30, Dhaka, São Paulo, Le Caire), les prochaines seront africaines (Lagos, Kinshasa : 35 millions en 2050). L'urbanisation concentre la croissance, l'innovation, la pollution et les inégalités (un milliard de personnes en bidonvilles) ; elle change les modes de vie, la fécondité, la santé, le climat (70 % des émissions). Cette fiche donne les chiffres, les modèles (la ville européenne, américaine, asiatique, africaine), les mécanismes et les débats (la métropolisation, la ville durable, l'exode urbain).
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Définition
L'urbanisation est la croissance de la part de la population vivant en ville (taux d'urbanisation : monde 58 % en 2025, 4,7 milliards ; Amérique du Nord 83 %, Amérique latine 82 %, Europe 75 %, France 81 %, Asie 53 %, Afrique 45 % ; Japon 92 %, Belgique 98 %, Chine 66 %, Inde 36 %, Burundi 15 %) et l'extension des villes ; la transition urbaine accompagne la transition démographique ; la définition de la ville varie (la France : commune de plus de 2 000 habitants agglomérés, puis la grille de densité de 2020 ; l'ONU harmonise par degré d'urbanisation). Vocabulaire : l'agglomération (la ville et sa banlieue continue), l'aire urbaine (la zone d'influence : Paris 12,5 millions), la métropole (la grande ville qui commande : les 22 métropoles françaises), la mégapole (plus de 10 millions : 33 en 2025, 43 en 2030), la mégalopole (un ensemble de métropoles : BosWash, le Tokaido, la « banane bleue » européenne, le delta de la rivière des Perles : 70 millions), la métropolisation (la concentration des fonctions de commandement, des richesses et des hommes dans les métropoles : les 300 premières métropoles produisent la moitié du PIB mondial), la périurbanisation, l'étalement urbain (l'artificialisation : la France perd 20 000 hectares par an ; la loi Climat 2021 et le « zéro artificialisation nette » 2050), les bidonvilles (1,1 milliard d'habitants, ONU-Habitat ; Dharavi à Bombay, Kibera à Nairobi, Makoko à Lagos), la gentrification (Glass, 1964), la ségrégation, la ville mondiale (Sassen, 1991 : New York, Londres, Tokyo), la ville durable, la ville du quart d'heure (Moreno, Paris), la smart city, les villes nouvelles (Brasilia, Chandigarh, Neom, Nusantara en Indonésie 2024, Xiong'an en Chine), l'exode rural (200 millions de migrants internes en Chine), l'exode urbain (le Covid, le télétravail), le shrinking (les villes en déclin : Detroit, les villes de l'Est allemand, du Japon).Les plus grandes agglomérations (ONU 2025) : Tokyo 37 millions (en déclin), Delhi 34 (première en 2028), Shanghai 30, Dhaka 24, São Paulo 22, Le Caire 22, Mexico 22, Pékin 22, Bombay 21, Osaka 19, Chongqing 18, Karachi 18, Kinshasa 17, Lagos 17, Istanbul 16, Buenos Aires 16, Calcutta 15, Manille 15, Canton 14, Rio 14, Los Angeles 13, Moscou 13, Paris 11 (28e), Londres 10 ; en 2050 : Lagos et Kinshasa 35 millions, Dar es Salaam, Luanda ; 90 % de la croissance urbaine d'ici 2050 sera en Asie et en Afrique ; les villes de moins de 500 000 habitants accueillent la moitié des urbains.
Contexte
La ville industrielle (1800-1950). Londres, première ville millionnaire moderne (1800), 6,5 millions en 1900 ; Paris 2,7 millions ; l'exode rural, les taudis (Engels sur Manchester, Zola, Dickens), le choléra (1832, 1849) et l'hygiénisme (Haussmann, les égouts, les parcs), les transports (le train, le métro 1900), les banlieues ouvrières, la ville américaine verticale (Chicago, les gratte-ciel, New York 7 millions en 1930), les utopies (Howard et la cité-jardin 1898, Le Corbusier et la Charte d'Athènes 1933) ; 30 % d'urbains dans le monde en 1950 (Europe 50 %, Asie 17 %).L'explosion (1950-2000). Les Trente Glorieuses (les grands ensembles, les villes nouvelles, le périurbain, la voiture : le modèle de Los Angeles), la décolonisation et l'exode rural du Sud (Mexico de 3 à 18 millions, São Paulo, Le Caire, Lagos de 300 000 à 7 millions, Kinshasa), les bidonvilles (les favelas, les barrios, les townships), la Chine (la réforme de 1978, les zones spéciales : Shenzhen de 30 000 à 12 millions en 40 ans, 300 millions de migrants internes sous le hukou), les villes mondiales (Sassen : la finance, les sièges), la fin des villes industrielles (Detroit de 1,8 million à 640 000, Liverpool, le Nord français) ; 2007 : la moitié de l'humanité est urbaine.La métropolisation (2000-2020). Les métropoles concentrent (Paris : 30 % du PIB français ; Londres 25 % du britannique ; Séoul 50 % de la Corée), les inégalités se creusent (la gentrification, le logement : Paris 10 000 euros le m², les rent strikes, les Airbnb), la ville périphérique se sent oubliée (Guilluy, les gilets jaunes : le rond-point contre la métropole), la ville durable naît (Copenhague, Fribourg, les écoquartiers, la ville du quart d'heure, les zones à faibles émissions, Anne Hidalgo et Paris sans voiture), la Chine bâtit (la moitié du ciment mondial, les villes fantômes, 100 villes millionnaires), l'Inde se lance (les smart cities de Modi, 100 villes), l'Afrique explose (Lagos, Kinshasa, Luanda : la croissance sans industrialisation, les bidonvilles à 60 %).Le Covid et après (2020-2025). Le confinement vide les centres, le télétravail disperse (l'exode urbain relatif : les villes moyennes, le littoral ; les bureaux vides : San Francisco à 35 % de vacance), les mégapoles asiatiques atteignent leur pic (Tokyo décline, Shanghai et Pékin plafonnent par le hukou), les villes nouvelles pharaoniques (Neom et « The Line » en Arabie : 500 milliards, réduite en 2024 ; Nusantara, la nouvelle capitale indonésienne inaugurée en 2024 ; la nouvelle capitale égyptienne), les catastrophes (les inondations de Valence 2024, Derna 2023, les canicules urbaines : les îlots de chaleur, Paris à 50 °C en 2050 selon les modèles), Paris 2024 (la Seine, le vélo : 1 000 km de pistes, les JO comme accélérateur), la question du logement (la crise française de 2023-2025 : les taux, la construction en chute de 30 %, 4 millions de mal-logés), les villes africaines comme frontière du siècle (Lagos : 20 millions de plus d'ici 2050 ; le projet Eko Atlantic).
Mécanismes
Pourquoi la ville. Les économies d'agglomération (Marshall, Krugman, Glaeser, Triumph of the City, 2011 : les rendements croissants de la proximité : les emplois, les idées, les marchés), le salaire (le double des campagnes), les services (l'école, l'hôpital), la liberté (l'anonymat : Simmel), l'exode rural (la mécanisation, la pression foncière) ; la ville produit plus par tête (les 300 métropoles = 50 % du PIB) et pollue plus en volume, moins par tête (le New-Yorkais émet moins que l'Américain moyen : la densité).Pourquoi la ville pose problème. Le logement (le foncier rare, la spéculation : les prix ont doublé en vingt ans dans les métropoles ; un milliard de personnes en bidonvilles ; 4 millions de mal-logés en France), les inégalités (la ségrégation : les ghettos américains, les banlieues françaises, les gated communities, les townships), la santé (la pollution : 7 millions de morts par an selon l'OMS ; Delhi à 500 µg/m³ de particules en hiver), le climat (70 % des émissions, les îlots de chaleur, les inondations : 90 % des grandes villes sont côtières ou fluviales ; Jakarta s'enfonce, d'où Nusantara), la congestion (Lagos : 4 heures de trajet par jour), la criminalité, la solitude ; les villes du Sud grandissent sans emploi industriel (l'« urbanisation sans croissance », Fay et Opal).Comment les villes s'organisent. Les modèles (la ville compacte européenne, la ville étalée américaine, la mégapole asiatique verticale et planifiée, la ville africaine informelle), la gouvernance (les maires puissants : Londres, New York ; les métropoles françaises 2014 ; les mégapoles ingouvernables : Lagos avec 20 collectivités), les transports (le métro : Shanghai 800 km, Delhi 400 ; le vélo : Amsterdam, Copenhague, Paris), la planification (Haussmann, Le Corbusier, la Chine), l'informel (les bidonvilles s'auto-organisent : Dharavi produit un milliard de dollars), les politiques (la rénovation urbaine : l'ANRU en France, 50 milliards ; le logement social : 17 % en France, 40 % à Vienne ; le contrôle des loyers : Berlin, Paris).La ville et la démographie. La ville fait baisser la fécondité (le coût du logement, le travail des femmes : Séoul 0,55, Shanghai 0,6), attire les jeunes (l'âge médian urbain plus bas), vieillit ensuite (Tokyo), concentre les migrants (30 % de la population de Paris née à l'étranger, 40 % à Londres, 60 % à Dubaï) ; les villes moyennes et rurales vieillissent et se vident (la diagonale, le Japon rural) ; la « démographie urbaine » est celle des inégalités spatiales.
Enjeux & débats
1) La métropolisation est-elle inévitable ? Les économistes (Glaeser, Krugman) y voient la loi des rendements croissants ; les géographes (Veltz, Davezies) la « France mosaïque » où les métropoles redistribuent (les retraités, les transferts sociaux irriguent la périphérie) ; les critiques (Guilluy) une fracture ; le Covid et le télétravail ont montré une possibilité de rééquilibrage (les villes moyennes : +0,5 % ; Paris intra-muros perd des habitants depuis 2011) ; le débat sur la politique d'aménagement (la DATAR disparue, les « territoires d'industrie », le « zéro artificialisation nette » contesté par les maires ruraux).2) La ville est-elle la solution ou le problème climatique ? 70 % des émissions mais 3 % des terres et une empreinte par tête plus faible (la densité, les transports en commun) ; la ville compacte est le modèle durable (Copenhague, Paris) ; la ville étalée (Houston, Phoenix) le contre-modèle ; les mégapoles du Sud sont les plus vulnérables (les côtes, les canicules, les inondations) et les moins équipées ; l'adaptation (les arbres, l'eau, les bâtiments) est le nouveau chantier ; la question du « zéro artificialisation » oppose écologie et logement.3) Le bidonville, ville ou échec ? Un milliard de personnes (30 % des urbains du Sud, 60 % en Afrique) vivent sans eau, sans titre, sans services ; les uns (Mike Davis, Le Pire des mondes possibles, 2006) y voient l'échec de l'urbanisation néolibérale ; les autres (De Soto, les architectes de Dharavi) une ville productive et auto-organisée qu'il faut légaliser plutôt que raser ; les politiques (les évictions de Lagos, Makoko ; la rénovation de Dharavi par Adani, contestée ; les favelas de Rio) illustrent le dilemme.4) Faut-il construire des villes nouvelles ? Brasilia (1960), Chandigarh, les villes nouvelles françaises (1965), Songdo (Corée), Neom (« The Line », 170 km, 9 millions d'habitants promis, 500 milliards, réduite à 2,4 km), Nusantara (2024, 33 milliards), la nouvelle capitale égyptienne, Xiong'an : les États bâtissent pour désengorger ou pour le prestige ; les résultats (Brasilia ségréguée, les villes fantômes chinoises, Neom en échec) invitent au scepticisme ; la ville se fait plus qu'elle ne se décrète.5) Paris est-il une ville en déclin ? Intra-muros : 2,1 millions, en baisse depuis 2011 (les Airbnb, les résidences secondaires, le prix : 10 000 euros le m²), les familles qui partent, le vieillissement ; l'agglomération : 12 millions, stable ; le Grand Paris Express (200 km de métro, 2030) et les JO comme relance ; la « ville du quart d'heure » et la piétonnisation contestées (les commerçants, la banlieue) ; Paris reste la première ville touristique et une ville mondiale ; le débat sur la « bunkérisation » des centres (Paris pour les riches et les touristes) et sur le logement social (25 %) résume la métropolisation.
Exemples
- Londres (1800) : première ville millionnaire depuis Rome antique ; 6,5 millions en 1900 ; Engels décrit Manchester (1845) : « le laboratoire de l'enfer ».
- Haussmann (1853-1870) : 20 000 immeubles détruits, 40 000 construits, les boulevards, les égouts (600 km), les parcs ; le « ventre de Paris » ; la ville hygiénique et policière.
- Shenzhen (1980-2020) : village de pêcheurs de 30 000 habitants devenu métropole de 12 millions, la « Silicon Valley chinoise » (Huawei, Tencent, BYD) ; le modèle de l'urbanisation par décret.
- 2007 : l'ONU annonce que la moitié de l'humanité vit en ville ; le « siècle urbain » ; 3 % en 1800, 30 % en 1950.
- Dharavi (Bombay) : 1 million d'habitants sur 2 km², le plus grand bidonville d'Asie ; 20 000 ateliers, 1 milliard de dollars de production ; Slumdog Millionaire (2008) ; la rénovation confiée à Adani (2022).
- Lagos : 17 millions, 35 en 2050 ; 60 % en bidonvilles ; Makoko, la « Venise de Lagos » sur pilotis, évacuée par la force (2012, 2024) ; Eko Atlantic, l'île artificielle pour les riches.
- Neom, « The Line » (2021-2024) : Mohammed ben Salmane promet une ville-ligne de 170 km sans voiture pour 9 millions d'habitants ; réduite à 2,4 km et 300 000 habitants (2024) ; « le mirage du désert ».
- Valence (29 octobre 2024) : 230 morts dans les inondations d'une agglomération urbanisée sur des lits de rivières ; la ville étalée face au climat.
Pièges & confusions
- Confondre agglomération et aire urbaine. L'agglomération est le bâti continu (Paris 11 millions) ; l'aire urbaine l'influence (12,5 millions).
- Croire que les mégapoles concentrent les urbains. La moitié des urbains vivent dans des villes de moins de 500 000 habitants.
- Dire que la ville pollue plus par habitant. Elle pollue plus en volume, moins par tête (la densité).
- Oublier l'Afrique. Lagos et Kinshasa seront les plus grandes villes du monde en 2050 : le fait majeur.
- Ignorer le zéro artificialisation nette. La loi Climat 2021 : le débat français sur l'étalement.
Usage concours / oral
Sujets où mobiliser cette fiche : « La ville rend-elle libre ? », « Peut-on vivre à dix millions ? », « Le progrès est-il urbain ? », « La ville est-elle durable ? », « Faut-il aménager le territoire ? », « Où vivrons-nous en 2050 ? ». Fiche de géographie, à croiser avec les fiches climat, inégalités, France périphérique, architecture.À l'oral, tenez les chiffres (58 %, 68 % en 2050, les trente mégapoles, les taux par continent), la chronologie (1800, 1950, 2007, 2050), les concepts (métropolisation, mégalopole, bidonville, gentrification, étalement, ville durable), les mécanismes (agglomération, coûts), les modèles (européen, américain, asiatique, africain), les cas (Shenzhen, Lagos, Dharavi, Neom, Paris) et les débats. Glaeser et Davis sont les références opposées ; Haussmann et Shenzhen les récits.Angle d'attaque conseillé : partir de Lagos (17 millions aujourd'hui, 35 en 2050, 60 % en bidonvilles, 4 heures de trajet) : la ville du XXIe siècle sera africaine, jeune, informelle et menacée par le climat ; la question est de savoir si elle sera Shenzhen ou Makoko.
Sources
Questions d'oral
1Quels sont les chiffres de l'urbanisation mondiale et ses prochaines étapes ?2Qu'est-ce que la métropolisation et pourquoi est-elle contestée ?3Pourquoi les villes attirent-elles (économies d'agglomération) ?4Les bidonvilles sont-ils un échec ou une forme de ville ?5La ville est-elle une solution ou un problème pour le climat ?
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