Retour à la fiche
    Question d'oral

    Actualité : l’IA (aide à la décision, analyse de masse) peut-elle améliorer les délais sans fragiliser l’impartialité et la confiance ?

    Réponse d'oral

    L’IA peut améliorer les délais de la justice sans fragiliser l’impartialité et la confiance, à condition de rester une aide à la décision, sous le contrôle du juge. Elle peut classer des pièces, repérer des décisions pertinentes ou résumer un dossier volumineux. Ces tâches prennent du temps aux magistrats et aux greffiers. Dans un litige de voisinage, par exemple, un outil pourrait ordonner plusieurs centaines de courriels et signaler les dates des nuisances alléguées. Mais il ne devrait pas décider seul si les preuves suffisent à condamner un voisin. Le temps gagné doit permettre de mieux écouter les parties, pas seulement de traiter davantage d’affaires.
    Le risque principal concerne l’impartialité. Une IA entraînée sur des décisions anciennes peut reproduire leurs biais. Elle peut aussi inventer une référence juridique ou proposer une solution statistiquement fréquente, mais inadaptée au cas particulier. Un juge pressé pourrait alors suivre sa suggestion sans véritable examen. Le règlement européen sur l’IA, adopté en 2024, classe ainsi comme à haut risque certains systèmes destinés à assister les autorités judiciaires.
    Pour préserver la confiance, il faut donc vérifier les résultats, protéger les données personnelles et permettre aux parties de discuter les éléments utilisés contre elles : c’est le principe du contradictoire. Le juge doit garder la responsabilité de sa décision et pouvoir l’expliquer sans se cacher derrière un logiciel. L’efficacité dépend aussi des moyens humains : aucun outil ne remplace des magistrats et des greffiers en nombre suffisant. La vraie question devient alors celle du temps gagné : servira-t-il à juger plus vite, ou à mieux rendre justice ?