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    Question d'oral

    La distinction entre "grand art" et "art décoratif" est-elle une conséquence de l'émergence du musée ?

    Réponse d'oral

    La distinction entre « grand art » et « art décoratif » n’est pas née avec l’émergence du musée, mais le musée l’a fortement renforcée. Cette hiérarchie existait déjà dans les académies : la peinture et la sculpture étaient considérées comme des créations intellectuelles, tandis que le mobilier, la céramique ou la tapisserie restaient associés à l’artisanat et à l’usage quotidien. La différence reposait donc moins sur la beauté des objets que sur leur fonction et sur le statut de ceux qui les fabriquaient. Un peintre reconnu n’occupait pas la même place sociale qu’un ébéniste, même très talentueux.
    L’ouverture du Louvre en 1793 donne une nouvelle force à cette séparation. Le musée public présente les œuvres comme un patrimoine à admirer et à étudier. En retirant un tableau de son église ou de son palais, il invite à le regarder pour lui-même, sans sa fonction première. Les arts décoratifs, eux, restent souvent liés à une utilité : une chaise sert à s’asseoir, une assiette à manger. Leur présentation dans des musées spécialisés contribue ensuite à maintenir cette frontière. Le marché relaie ces classements, même si certains meubles ou porcelaines atteignent des prix considérables.
    Cette distinction n’a pourtant rien d’évident. À partir de 1919, le Bauhaus cherche à rapprocher art, artisanat et création d’objets usuels. Une chaise peut aussi être une recherche sur les formes. Le musée ne crée donc pas seul la hiérarchie : il l’hérite, l’organise et peut aussi la contester. Reste à se demander si l’utilité d’un objet devrait vraiment diminuer sa valeur artistique.