Retour à la fiche
    Question d'oral

    L'écologie est-elle antihumaniste, comme l'affirme Luc Ferry ?

    Réponse d'oral

    L’écologie n’est pas nécessairement antihumaniste, comme le suggère Luc Ferry : elle peut critiquer la domination humaine sur la nature sans renoncer à défendre la dignité et la liberté des personnes. Dans Le Nouvel Ordre écologique, publié en 1992, Ferry vise surtout l’écologie profonde. Il craint qu’en donnant une valeur propre à la nature, on finisse par sacrifier les droits humains à la protection du vivant. Son objection pose une vraie question : préserver un écosystème peut-il justifier de chasser les populations qui y habitent ? Mais reconnaître une valeur aux autres vivants ne signifie pas automatiquement leur donner les mêmes droits qu’aux humains.
    Il faut donc distinguer l’anthropocentrisme, qui place l’être humain au centre des valeurs, de l’humanisme, qui défend sa dignité. Arne Naess, qui formule l’écologie profonde en 1973, reconnaît d’ailleurs la légitimité des besoins humains vitaux. Aldo Leopold propose, lui, d’élargir notre communauté morale aux sols, aux eaux, aux plantes et aux animaux. L’objectif n’est pas forcément d’abaisser l’humanité, mais de limiter son pouvoir de destruction. Protéger une zone humide, par exemple, préserve des espèces tout en réduisant les risques d’inondation pour les habitants.
    Enfin, Hans Jonas fait de la responsabilité envers les générations futures une exigence centrale. Bruno Latour invite à penser les humains avec les êtres et les milieux dont ils dépendent, plutôt que séparément. L’écologie peut ainsi renouveler l’humanisme : protéger les conditions de la vie devient une manière de protéger les personnes. La vraie question serait alors de savoir quel humanisme peut encore ignorer notre dépendance envers la Terre.