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Question d'oral
Comment la page de BD montre-t-elle le temps ?
Réponse d'oral
La page de BD montre le temps en organisant l’espace : la taille des cases, leur succession et leur disposition suggèrent une durée, un rythme ou une simultanéité. Une case ne représente donc pas forcément un instant. Elle peut contenir un dialogue qui dure plusieurs secondes. Une grande image invite parfois à s’arrêter, tandis qu’une suite de petites cases peut accélérer une poursuite. Mais rien n’est automatique : plusieurs images presque identiques peuvent aussi ralentir une seconde décisive. Les bulles, les récitatifs et les lignes de mouvement orientent également cette perception du temps.Le passage entre les cases est essentiel. Dans L’Art invisible, paru en 1993, Scott McCloud explique la clôture : le lecteur reconstitue mentalement ce qui manque entre deux images. C’est ainsi que fonctionne l’ellipse. Une case montre un personnage devant une porte fermée ; la suivante le présente dans la pièce. Sans voir la porte s’ouvrir, nous comprenons l’action. Le même procédé peut faire disparaître quelques secondes ou vingt ans. Certaines transitions, fréquentes dans le manga, parcourent différents aspects d’un lieu et semblent suspendre l’action.Thierry Groensteen insiste aussi sur les relations entre images éloignées : le tressage permet à un motif répété de rappeler un événement passé ou de rapprocher plusieurs moments. La page se lit donc dans l’ordre, mais se regarde aussi comme un ensemble. Les expérimentations formelles exploitent cette liberté : dans Building Stories de Chris Ware, publié en 2012, quatorze éléments imprimés peuvent être parcourus dans un ordre variable. Le temps raconté devient alors un temps à construire. Et si la véritable horloge de la BD était le regard du lecteur ?
