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    Question d'oral

    Le webtoon change-t-il le langage de la BD ?

    Réponse d'oral

    Le webtoon change le langage de la BD en faisant du défilement vertical un moyen de raconter, mais il ne supprime ni la case ni l’ellipse. Conçu pour être lu sur smartphone, il remplace souvent la planche par un long ruban d’images. Sur papier, le regard peut embrasser plusieurs cases et repérer leur disposition avant de les lire. Sur écran, le lecteur découvre davantage les images les unes après les autres, au mouvement du doigt. L’auteur peut ainsi retarder une révélation ou ménager une surprise sous le bord de l’écran.
    L’ellipse reste pourtant essentielle. Dans L’Art invisible, publié en 1993, Scott McCloud explique que le lecteur complète mentalement ce qui manque entre deux images : c’est la « clôture ». Le webtoon exploite cette opération avec des espaces parfois très longs entre les cases. Un vide peut suggérer une attente, une chute ou un changement de lieu. Il ne dure cependant pas un nombre fixe de secondes : le lecteur garde la maîtrise du défilement. Dans Tower of God, lancé par SIU en 2010, le format vertical permet notamment de déployer des espaces impressionnants et des scènes d’action en hauteur.
    Avec Groensteen, on comprend aussi que la BD repose sur les relations entre les images, voisines ou éloignées. Le webtoon les réorganise : la composition de la page compte moins, tandis que les rappels visuels et les enchaînements verticaux prennent davantage de poids. Il transforme donc une grammaire existante plutôt qu’il n’invente un langage entièrement neuf. Reste à se demander comment raconter autrement lorsque le geste de lecture devient lui-même un outil du récit.