Retour à la fiche
    Question d'oral

    Le politiquement correct est-il un progrès ou une censure ?

    Réponse d'oral

    Le politiquement correct peut être un progrès lorsqu’il réduit les discriminations, mais il devient une censure lorsqu’il empêche de discuter des idées. Tout dépend donc de son usage : respecter les personnes n’oblige pas à soustraire leurs opinions à la critique. Les mots ne sont pas de simples étiquettes. Ils peuvent humilier, exclure ou faire passer un préjugé pour une évidence. Éviter une injure raciste dans un débat public ne diminue pas la qualité des arguments ; cela permet au contraire à davantage de personnes de participer sans être rabaissées.
    Cependant, cette attention au langage peut aussi servir le pouvoir. Parler de « dommages collatéraux » plutôt que de civils tués atténue la violence d’une opération militaire. Ce n’est pas exactement du politiquement correct, mais le mécanisme invite à la vigilance : une formule acceptable peut masquer une réalité dérangeante. Dans 1984, publié en 1949, George Orwell imagine la novlangue, qui réduit le vocabulaire pour restreindre la pensée. L’analogie a toutefois ses limites : une recommandation de courtoisie n’équivaut pas à une interdiction imposée par un régime totalitaire.
    Le bon critère est donc de distinguer la protection des personnes de la protection des idées. On peut refuser une expression dégradante tout en défendant la liberté de critique, y compris envers une religion, une institution ou une revendication. Il faut aussi distinguer la censure d’État, les règles d’un espace de discussion et la simple contradiction : être contesté, ce n’est pas automatiquement être censuré. Le véritable défi serait alors de rendre notre parole à la fois plus respectueuse et plus libre.